Bukavu : la Journée mondiale du diabète célébrée dans un contexte de pénurie aiguë de médicaments
La Journée mondiale du diabète a été marquée cette année par un paradoxe douloureux : au moment même où la prévention et l’accès aux soins devraient être renforcés, les personnes vivant avec le diabète à Bukavu se heurtent à une crise sans précédent dans l’approvisionnement en médicaments.
La salle Concordia, qui a accueilli des dizaines de patients venus de la ville et de ses environs, a résonné des témoignages d’inquiétude. Beaucoup décrivent un quotidien sous pression, rythmé par la montée des prix et l’effondrement du pouvoir d’achat.
« Mon médicament est presque fini, et ceux qui m’aident à l’acheter sont eux-mêmes étranglés par la crise économique », confie une patiente, résumant en une phrase la double peine infligée aux malades : la vulnérabilité sanitaire aggravée par la précarité financière.
Selon Abel Ciza, infirmier responsable du programme diabète au Sud-Kivu, la flambée des prix n’a rien de surprenant :
« Les médicaments traversent plusieurs pays avant d’arriver ici. Avec l’insécurité régionale, la chaîne d’approvisionnement est devenue un parcours d’obstacles, d’où cette hausse vertigineuse des coûts ».
Une réalité logistique brutale, dont les patients paient aujourd’hui le prix fort.
Face à ce contexte tendu, Dr Tony Shindano, orateur principal de la journée, a lancé un avertissement sans détour. Il appelle les malades à ne pas céder à la tentation des « remèdes miracles » proposés par certains charlatans profitant de la crise.
Il recommande plutôt de s’en tenir aux règles de base : une alimentation stricte, des mesures d’hygiène de vie adaptées, et l’utilisation rigoureuse des médicaments réellement accessibles.
Un rappel salutaire, dans une période où la désinformation sur la santé prospère plus vite que les circuits officiels de distribution.
La commémoration s’est déroulée en deux temps : une messe dédiée aux patients à la cathédrale, suivie d’une conférence d’information à Concordia. Quant à la marche de sensibilisation initialement prévue, elle a été annulée par les autorités, invoquant un contexte sécuritaire jugé trop fragile.
En toile de fond, un constat s’impose : la lutte contre le diabète à Bukavu ne se joue pas uniquement sur le terrain médical, mais aussi sur celui de l’économie, de la sécurité, et de la résilience collective.
Une équation complexe, mais pas insoluble à condition que les acteurs sanitaires, les pouvoirs publics et les partenaires s’engagent dans une stratégie durable, centrée sur l’accès réel et équitable aux traitements.
