Bukavu : Plus de 200 des étudiants mobilisés contre EACOP et des projets pétroliers en RDC
Plus de 200 étudiants de l’Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR-Bukavu), UCB,UOB…ont pris part à la quatrième journée de la campagne nationale Stop EACOP, une mobilisation qui vise à alerter sur les conséquences environnementales, sociales et climatiques des projets d’exploitation pétrolière en Afrique de l’Est et en République démocratique du Congo (RDC).
Organisée dans l’enceinte de l’ISDR, cette rencontre a réuni des étudiants, des chercheurs et des militants environnementaux autour d’un débat sur la justice environnementale, la gouvernance des ressources naturelles et le rôle des institutions académiques dans l’analyse critique des grands projets extractifs.
Former des citoyens capables d’évaluer l’impact des projets
Pour Romain CT, intervenant à l’ISDR, la mobilisation des étudiants s’inscrit dans une responsabilité citoyenne et académique.
« Notre rôle est de défendre le droit des peuples et de l’État à un développement qui ne détruit pas l’environnement. Les étudiants doivent être capables de lire, analyser et critiquer les projets de grande envergure, notamment à travers l’étude de leurs impacts environnementaux et sociaux, afin d’éviter des conséquences irréversibles », a-t-il déclaré.
Il a insisté sur la nécessité de renforcer les compétences des jeunes en matière d’évaluation environnementale, un outil encore peu accessible aux communautés directement affectées par les projets extractifs.
Recours à la justice contre TotalEnergies
La question judiciaire a occupé une place centrale dans les échanges. Les organisateurs ont rappelé que des actions en justice ont été engagées contre TotalEnergies, entreprise porteuse du projet East African Crude Oil Pipeline (EACOP), devant le tribunal d’Arusha, en Tanzanie.
Selon les militants, ces procédures concernent des violations présumées des droits humains et des communautés locales en Ouganda et en RDC, ainsi que les risques environnementaux majeurs pesant sur les écosystèmes lacustres de la région.
« Entre 9 et 10 millions de personnes dépendent directement des lacs et des ressources hydriques susceptibles de recevoir des résidus pétroliers. Les impacts ne seront ni locaux ni temporaires », ont alerté les organisateurs devant l’assemblée estudiantine.
Les lacs concernés, interconnectés au bassin du Nil et du Congo, jouent un rôle clé dans la pêche, l’agriculture, l’approvisionnement en eau et la stabilité écologique régionale.
Accords climatiques et responsabilités asymétriques
Intervenant au nom de Climate Clock, Darcin a dénoncé ce qu’il qualifie de double discours climatique des pays industrialisés et des multinationales.
« Les États signent des accords climatiques internationaux, mais continuent à soutenir des projets qui aggravent la pollution mondiale, souvent au détriment des pays pauvres. Les multinationales viennent chercher des profits, rapatriés vers leurs pays d’origine, pendant que les communautés locales supportent les dégâts environnementaux », a-t-il affirmé.
Il a également évoqué les manœuvres politiques, incluant promesses de bourses, appuis diplomatiques ou financements, qui selon lui fragilisent la capacité des États à protéger efficacement leurs populations et leurs écosystèmes.
Les étudiants comme nouveaux acteurs de la justice climatique
Pour les participants, la mobilisation des étudiants de l’ISDR marque une étape importante dans l’appropriation des enjeux climatiques et environnementaux par la jeunesse congolaise.
Plusieurs d’entre eux ont souligné que les impacts des projets pétroliers diffèrent fortement selon les contextes écologiques.
« Les conséquences ne sont pas les mêmes dans un pays désertique et dans une région de forêts tropicales et de grands lacs comme l’Est de la RDC », a rappelé un étudiant lors des échanges.
Une mobilisation locale face à un enjeu régional
Cette quatrième journée de la campagne Stop EACOP à Bukavu illustre l’émergence d’un front académique et citoyen contre l’expansion des énergies fossiles dans des zones écologiquement sensibles. Pour les organisateurs, la lutte dépasse le seul projet EACOP et pose la question plus large du modèle de développement poursuivi en RDC, pays clé pour la régulation climatique mondiale grâce à ses forêts et ses ressources en eau.
Le rôle des scientifiques dans la compréhension des risques
S’adressant directement aux étudiants, Daniel Cirimwami, de l’organisation CYNESA, a insisté sur la responsabilité particulière du monde académique dans le débat autour du projet EACOP.
Selon lui, la sensibilisation des communautés locales, notamment des peuples autochtones peu alphabétisés, repose souvent sur des supports visuels simplifiés. En revanche, les étudiants et chercheurs ont un rôle différent et plus exigeant à jouer.
« Lorsqu’on s’adresse à des communautés autochtones analphabètes, les images peuvent parfois suffire à transmettre un message. Mais vous, en tant que scientifiques, vous devez aller plus loin. Vous avez le devoir de mener des recherches approfondies avant de vulgariser quoi que ce soit, afin de bien comprendre les enjeux et surtout les dangers potentiels que ce projet peut engendrer », a-t-il déclaré.
Pour Daniel Cirimwami, la crédibilité de la mobilisation environnementale dépend largement de la rigueur scientifique des analyses produites. Il a mis en garde contre une vulgarisation approximative des enjeux climatiques et environnementaux, estimant qu’elle pourrait affaiblir les plaidoyers en faveur de la protection des écosystèmes et des droits des communautés affectées.
À travers la sensibilisation universitaire, les acteurs de la campagne espèrent renforcer une génération capable de porter les principes de justice environnementale, de responsabilité climatique et de défense des droits des communautés locales dans les débats nationaux et internationaux.
