Sud-Kivu : en JMS 2025, le Dr Aimé appelle à une riposte plus humaine et multidisciplinaire contre le VIH
La Journée Mondiale de Lutte contre le Sida 2025, célébrée sous le thème national « Une riposte équitable pour une RDC sans Sida d’ici 2030 » et le thème international « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au Sida », a offert au Sud-Kivu un moment de bilan essentiel. Parmi les interventions, celle du Dr Aimé, interniste, a retenu l’attention par sa clarté et son regard critique sur l’évolution du VIH dans la province.
Le médecin rappelle d’emblée que la perception sociale du VIH a profondément changé.
« Le VIH n’est plus un tabou lorsqu’on parle de prévention. Nous voyons aujourd’hui des personnes qui viennent d’elles-mêmes demander une prophylaxie post-exposition. C’était inimaginable il y a quelques années », affirme-t-il. Cette avancée, selon lui, témoigne d’une meilleure information du public et d’un engagement plus ouvert autour des services de prévention.
Mais le tableau est loin d’être entièrement positif. Le Dr Aimé explique comment, au fil de ses sept années de suivi clinique, le VIH est devenu « une maladie chronique, avec des dimensions infectieuses et non infectieuses ». Sur les plus de cent vingt-six patients adultes qu’il a consultés, il estime que
« vingt-six pour cent vivent désormais avec une autre maladie comme le diabète ou l’hypertension ».
Cette transformation du profil clinique demande des compétences nouvelles que tous les prestataires ne maîtrisent pas encore.
« Il y a une insuffisance dans la pratique clinique. Nous devons apprendre à gérer le VIH d’aujourd’hui, pas seulement celui d’hier », insiste-t-il.
Le cas des enfants demeure particulièrement préoccupant. Beaucoup commencent les antirétroviraux dès cinq ans et les poursuivent jusqu’à l’adolescence, souvent sans accompagnement psychosocial.
« Il y a très peu de psychothérapeutes pour aider les enfants à comprendre ce qu’ils vivent », regrette le Dr Aimé.
Sur trente-trois enfants suivis pendant dix ans, il rapporte que « quatre ont quitté l’école ou sombré dans la dépression. Certains sont même complètement perdus de vue ». Il admet que « le succès des ARV a sauvé des vies, mais il a aussi créé des défis nouveaux pour lesquels nous n’étions pas prêts ».
Pour lui, la solution passe par un changement de paradigme.
« Le VIH n’est plus seulement la maladie des internistes ou des virologues. Nous avons besoin d’une prise en charge multidisciplinaire. Il faut travailler avec les écoles, les familles, les psychologues et toutes les institutions qui encadrent ces enfants », explique-t-il.
Il encourage les prestataires à adopter une posture réaliste et ancrée dans le contexte congolais : « Nous devons contextualiser ce que nous apprenons dans les manuels. Le patient que nous avons ici n’est pas toujours celui décrit dans les recommandations internationales. »
La co-infection tuberculose–VIH complique davantage la situation. Le Sud-Kivu enregistre environ cinq mille cas, alors que seules deux zones de santé disposent de machines capables d’assurer le diagnostic.
« La tuberculose reste un fardeau majeur. Avec si peu de ressources diagnostiques, on avance trop lentement », reconnaît-il.
En conclusion, le Dr Aimé rappelle que les avancées ne datent pas d’hier.
« Depuis 1998, nous avons mis en place des mesures de protection, des traitements plus doux et plus efficaces. Les progrès sont réels, mais ils demandent maintenant une meilleure organisation et surtout une attention particulière pour les enfants », affirme-t-il avec insistance.
Son témoignage, à la fois optimiste et exigeant, rappelle qu’une RDC sans Sida ne sera possible que si la riposte devient pleinement intégrée, humaine et capable de s’adapter aux réalités du terrain.
