Sud-Kivu : Le pagne de la virginité, entre foi, coutume et injustice de genre
Chez les Bashi et certaines tribus, majoritaire du Sud-Kivu, le pagne de la virginité demeure un rituel emblématique du mariage traditionnel. Offert par la jeune épouse à sa mère ou à ses proches le lendemain des noces, il est censé attester de sa virginité ou, selon les anciens, de sa « bonne éducation sexuelle ». Mais derrière ce symbole d’honneur féminin se cache une pression morale, religieuse et familiale qui pèse presque exclusivement sur les femmes.
Une exigence à sens unique
« On exige que la femme la virginité, mais jamais l’homme la chasteté.», dénonce un psychologue de couple interrogé par BKinfos.net.
« Les familles, en perpétuant cette tradition, deviennent en partie responsables des tensions et incompréhensions qui minent de nombreux foyers. »
Olive, mère de trois enfants, témoigne :
« Ma mère m’a appelée avant ma cérémonie de la dot pour me demander si j’étais enceinte ou si j’avais déjà connu un homme autre que mon mari avant d’ accepter les présent de ma belle famille. Elle voulait selon elle, éviter tout scandale familial dans mon ménage après mon mariage. »
De son côté, Mauwa, 28 ans, raconte :
« J’ai été violée à mon jeune âge avec 3 garçons bien connus de ma famille et ma mère a haussé le ton jusqu’à l’arrangement à l’amiable avec les familles de mes bourreaux , mais la veille de mon mariage, elle a insisté pour recevoir son superwax de la virginité venu de mon mari. Elle disait que c’était un droit à son honneur de mère. Elle n’a jamais eu ce pagne là.»
Quand le pagne devient malédiction
Pour certaines familles, le pagne devient un révélateur social. Nzigi, marraine d’un mariage, se souvient
« Le jeune époux d’un des mariages que j’ai marainé, a découvert que sa femme n’était plus vierge et pourtant il n’y avait pas rapport sexuelle entre eux avant mariage comme quoi sa femme lui a juré sa virginité. Le lendemains de la nuit de noces , il a déchiré le superwax que je devrais amené à sa belle famille avec les ciseaux. lorsque je me presente, il(jeune époux) me partage ses frustations, je lui ai supplié de ne pas humilié sa femme en vain. Depuis ce jours là, j’ai avec mon mari décidé de ne plus marrainer. Ce pagne, déchiré, a été vu comme un signe de honte et mépris envers la famille qui a donné sa fille en mariage. Cela a détruit la confiance mutuelle de ce couple et a provoqué la division dans le couple jusqu’à nos jours malgré mes interventions.»
La science appelle à relativiser
Le psychologue Jean-Yves tente de déconstruire cette obsession culturelle :
« Certaines filles perdent leur hymen à cause de travaux physiques, de sports intenses ou de traitements médicaux. Chaque corps est différent. Mais nos cultures refusent d’en tenir compte. »
La foi prise à témoin
Le pasteur Eugène Bujiriri, de l’eglise 8ieme CELPA Philadelphie à Bukavu, s’oppose fermement à toute stigmatisation du genre :
« L’absence de virginité ne doit pas être un sujet de honte. Dans Osée 1:2, l’Éternel dit à Osée : Va, prends une femme prostituée… car le pays se prostitue, il abandonne l’Éternel. Ce passage montre que Dieu utilise même des situations moralement controversées pour enseigner la fidélité spirituelle. »
Le pasteur poursuit :
« Tous les véritables pasteurs sont passés par les écoles bibliques et comprennent la profondeur des textes sur le mariage et les coutumes. Nous célébrons des mariages même pour ceux qui ont déjà brisé certaines règles, à condition qu’ils soient en ordre coutumier et civil, preuves à l’appui. »
Et d’ajouter :
« Nous acceptons de bénir des couples où la femme est enceinte, mais la cérémonie se déroule alors dans un bureau ou une salle à part, pas devant toute l’assemblée, pour éviter d’encourager l’impudicité. Cela vaut autant pour l’homme que pour la femme. »
Le pasteur condamne avec fermeté certaines pratiques encore observées :
« Les tantes qui viennent inspecter les draps le lendemain du mariage violent la pudeur du couple. C’est une pratique prohibée et illégale. Les mariés doivent apprendre à gérer leur intimité, même si la fille n’est plus vierge. Je n’encourage pas l’impudicité, mais je prône la dignité. »
Cependant, il met en garde contre certaines dérives religieuses :
« Des pasteurs indépendants et certaines églises dites de réveil interprètent la Bible à leur manière et entretiennent des pratiques qui blessent plus qu’elles n’édifient. Dans une église de Chahi, j’ai entendu un prédicateur affirmer qu’une fois qu’une fille vierge est déflorée, l’homme devient automatiquement son mari. C’est une lecture erronée et dangereuse. »
Un tissu chargé d’hypocrisie sociale
Le pagne de la virginité, censé incarner l’honneur et la pureté, révèle aujourd’hui une asymétrie morale et religieuse criante.Les femmes, jugées à travers leur corps, continuent de porter le poids de la réputation familiale, tandis que les hommes échappent à toute exigence de chasteté.
Dans un Hadith du prophète Mohamed (PSL) qui dit ceci : Dieu maudit tout homme qui divulgue les intimités qu’il a eu avoir avec sa femme, Dieu maudit également toute femme qui divulgue les intimités qu’elle a eu avec son mari… Je pense qu’il y a plusieurs chemins à suivre pour protéger nos filles et les garder chastes jusqu’au mariage en utilisant les principes de l’islam, sans passer par la méthode de célébrer et exposer le pagne nuptial en public », déclare à www.bkinfos.net Cheik YASSIN de la religion Musulmane
Entre foi, culture et droits humains, le Sud-Kivu s’interroge. Et si l’honneur d’un mariage reposait enfin sur la sincérité des cœurs plutôt que sur la tache d’un tissu ?
