Sud-kivu : les GUMINO, un groupe armé des banyamulenge résistant aux avantages de l’AFC/M23
Par Josaphat Musamba
Le 8 novembre 2025, des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent Désiré Fureko, figure armée banyamulenge des Hauts Plateaux, ligoté et ensanglanté aux côtés de ses combattants. Soupçonné par les FARDC, des Wazalendo et des forces burundaises d’appartenir aux MRDP/Twirwaneho, Fureko est arrêté dans un climat de confusion sécuritaire, révélateur de la complexité des alliances armées dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces images ont ravivé un débat de fond : qui sont réellement les Gumino ?
Un groupe armé ancré localement
Le GUMINO est un groupe armé issu de la communauté Banyamulenge, présent dans les hauts plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga. Héritier partiel des Forces républicaines fédéralistes (FRF), il s’est historiquement construit autour d’une mission centrale : la protection des populations banyamulenge, régulièrement ciblées dans des cycles de violences intercommunautaires depuis 2017.
Contrairement aux MRDP/Twirwaneho, les Gumino ont refusé tout rapprochement avec l’AFC/M23 et le Rwanda. Ce choix stratégique, fondé sur la crainte d’une instrumentalisation régionale et d’une aggravation de la stigmatisation des Banyamulenge, leur a valu une marginalisation interne et des soupçons permanents de la part d’acteurs étatiques et étrangers.
Organisation et contrôle territorial
Structuré autour de branches militaires, politiques, de mobilisation et de ravitaillement, le GUMINO compterait environ 150 combattants. Il est implanté dans plusieurs villages des groupements de Bijombo et Kigoma, notamment Bibangwa, Bijojo et Runwera, où il assure des fonctions de sécurité communautaire et facilite l’accès aux marchés locaux. Cette présence nourrit une légitimité sociale relative, contestée par une partie des Banyamulenge qui les accuse de proximité avec Kinshasa.
Entre Wazalendo et Utetezi
Entre 2023 et 2024, les Gumino ont intégré la dynamique Wazalendo et participé à la Réserve armée de défense (RAD), inscrivant leur action dans la stratégie nationale d’endiguement de l’AFC/M23. Leur engagement s’appuie sur la logique d’Utetezi (auto-défense), combinée à un discours de rejet du tribalisme armé et de protection territoriale.
Le facteur burundais
Le rôle du Burundi, via les FDNB, apparaît déterminant mais ambigu. Selon des sources régionales, des tentatives visant à opposer les factions banyamulenge afin de mieux les contrôler auraient échoué, notamment après la prise d’Uvira, qui a contraint forces burundaises et gouvernementales à se replier pour éviter captures et encerclements.
Un acteur armé à lire autrement
Ni supplétifs régionaux ni simples milices communautaires, les Gumino incarnent un acteur armé local, politiquement minoritaire mais stratégiquement significatif. Leur trajectoire illustre les limites des lectures binaires du conflit congolais et rappelle que, dans les Hauts Plateaux, la ligne de fracture ne passe pas uniquement entre communautés, mais aussi au sein même des groupes armés qui prétendent les défendre.
