Bukavu en flammes : Quand la tragédie devient routine et que l’urgence devient silence
Il ne s’agit plus d’une série d’incendies. Il s’agit d’une hémorragie sociale silencieuse que vit la ville de Bukavu. En moins d’une semaine, des dizaines de maisons sont parties en fumée. Plus de 103 familles, locataires ou propriétaires, ont vu leurs biens, leurs économies, leurs souvenirs et leurs toits disparaître le 1 août 2025 sous des flammes que rien ni personne n’a pu arrêter.
L’un de ces drames a commencé par un geste banal : une maman, mère de 13 enfants, manipulait son téléphone pendant qu’un brasero chauffait de l’huile dans sa maison. En quelques instants, le feu s’est propagé de toit en toit, d’une planche à l’autre, attisé par le vent, l’électricité active et des ruelles impraticables. Résultat : plus d’une centaine de maisons réduites en cendres.
Et ce n’était pas un cas isolé. Le 28 juillet, trois autres incendies ont été signalés à Pharmakina (Bagira), Hewa Bora (Nyalukemba) et dans le groupement de Mudusa. À Hewa Bora, une trentaine de maisons ont disparu en quelques minutes. À Mudusa, cinq foyers ont été totalement ravagés. Aucun camion anti-incendie. Aucun plan d’urgence visible. Aucune aide immédiate.
Ce n’est pas un accident : c’est le reflet d’un effondrement
Il serait trop facile de parler de “négligence domestique” ou de “malchance”. La répétition de ces drames révèle une défaillance systémique ,urbanisation chaotique, sans planification, sans issues de secours, matériaux inflammables utilisés à grande échelle faute de moyens,absence de services de secours efficaces, ruelles étroites bloquant les interventions,population abandonnée à elle-même, et le plus inquiétant, c’est que cela survient dans un contexte de crise profonde, les banques sont fermées depuis février. Plus d’accès à l’argent pour se relever, la ville est sous le contrôle du mouvement M23/AFC, ce qui freine les ONG et la mobilisation, l’État est absent ou impuissant.
La jeunesse se lève : un appel à la conscience collective, dans une déclaration forte référencée N-13/CUJ-BKV/SK/2025, le Conseil Urbain de la Jeunesse (CUJ) de Bukavu tire la sonnette d’alarme :
« Des familles entières dorment dans la rue, sans rien. Pas d’abri, pas d’eau, pas de nourriture, pas de soins. »
Le CUJ appelle à, un soutien humanitaire urgent (tôles, bâches, vivres, habits, matelas…), une ouverture humanitaire assurée par les autorités de facto (M23), pour permettre aux aides d’arriver, une coordination locale avec les jeunes et volontaires,une prise en charge psychosociale, car les séquelles mentales sont invisibles, mais profondes.
Nous sommes à la croisée des chemins. Ce que vit Bukavu n’est pas un fait divers. C’est un cri. Un cri contre l’abandon. Un cri contre l’indifférence. Un cri pour la dignité, ce n’est pas seulement un quartier qui brûle, c’est une société qu’on laisse s’effondrer, il ne suffit plus d’appeler à la solidarité ; il faut la mettre en mouvement, il ne suffit plus de constater les dégâts ; il faut agir.
Un mot aux décideurs, ici et ailleurs, a vous qui lisez, que vous soyez responsable politique, religieux, humanitaire, ou simple citoyen : il ne s’agit pas d’un appel à l’aumône, mais d’un appel à la responsabilité morale. Il s’agit de choisir le camp de la vie, parce que, dans chaque flamme éteinte, c’est une paix préservée, dans chaque famille soutenue, c’est une nation sauvée.
