Conservation du PNKB : la société civile environnementale répond à la direction du parc
Dans un climat de tension croissante entre gestionnaires d’aires protégées et communautés locales, la Société Civile Environnementale SOCEARUCO Sud-Kivu a publié ce 9 juin un droit de réponse musclé au communiqué de presse de la direction du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), daté du 6 juin 2025. En cause : une alerte lancée par SOCEARUCO sur de possibles tentatives de capture et de vente d’un bébé gorille dans une zone sous haute pression sécuritaire.
Alors que le PNKB a rapidement qualifié cette alerte de « diffusion erronée », SOCEARUCO dénonce une tentative de discréditer le travail des lanceurs d’alerte communautaires, malgré l’aveu implicite par la direction du parc que la zone concernée échappe actuellement à son contrôle.
« Notre alerte reposait sur des informations crédibles transmises par nos comités d’alerte. Elle ne visait ni à nuire, ni à polémiquer, mais à prévenir un écocide », déclare l’organisation, qui s’insurge contre ce qu’elle perçoit comme un refus de collaboration de la part du parc.
Plus qu’une simple réaction, SOCEARUCO en profite pour dénoncer une gouvernance environnementale « dépassée » et largement déconnectée des réalités locales. Le mouvement plaide pour une refondation de la conservation fondée sur les droits et la participation des communautés riveraines, souvent premières victimes de l’instabilité dans la région.
« Il est temps de sortir de la conservation autoritaire. Le PNKB ne peut plus être géré uniquement depuis des bureaux climatisés, avec des rapports financés par l’étranger, sans dialogue avec les peuples autochtones », lit-on dans leur déclaration.
L’organisation rappelle que ces communautés, bien que vivant dans des zones d’insécurité, continuent à jouer un rôle clé dans la surveillance écologique informelle, souvent au péril de leur propre sécurité.
SOCEARUCO voit dans la réponse du PNKB une tentative d’affaiblir la société civile environnementale, pourtant considérée comme un rempart contre les réseaux de braconnage, de trafic illégal et de destruction de la biodiversité.
« Toute atteinte à la faune, y compris la tentative de commercialisation des espèces emblématiques du parc, est un crime environnemental grave que nous appelons à poursuivre devant les juridictions compétentes », insiste l’organisation.
Face aux critiques, SOCEARUCO affirme rester mobilisée, forte de ses comités d’alerte et de ses réseaux communautaires.
Ce bras de fer s’inscrit dans un contexte mondial où les appels à la décolonisation de la conservation se multiplient. Lors de la COP16 en Colombie, puis du premier Congrès mondial des peuples autochtones pour la conservation des trois bassins forestiers, ces revendications ont été au cœur des débats.
Pour SOCEARUCO, cette approche n’est pas un luxe idéologique, mais une exigence de justice face à des décennies d’exclusion des communautés autochtones dans la gestion des écosystèmes qu’elles habitent.

