COP30 : le Climate Action Network rejette le « Belém 4X Pledge » sur les carburants durables, jugé incompatible avec une transition juste
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Le Climate Action Network (CAN), qui regroupe plus de 2 000 organisations dans 130 pays, a fermement rejeté le « Belém 4X Pledge on Sustainable Fuels », une initiative soutenue par le Brésil, l’Italie, le Japon et l’Inde. Ce programme appelle à quadrupler d’ici 2035 l’usage mondial de carburants dits « durables » par rapport aux niveaux de 2024, incluant l’hydrogène, la bioénergie (biogaz, biocarburants) et les carburants synthétiques. Pour le CAN, cette approche constitue une impasse climatique dangereuse, masquée sous un vernis de durabilité.
Selon le réseau, l’expansion massive de ces carburants perpétuerait les logiques extractivistes, notamment dans les pays du Sud, en aggravant la pression sur les terres agricoles et les écosystèmes naturels.
« Le Belém 4X Pledge utilise le langage de la durabilité pour justifier la poursuite de l’usage des énergies fossiles », a dénoncé Hikmat Soeriatanuwijaya, responsable Asie des partenariats chez Oil Change International.
Il a souligné que le Japon, par exemple, promeut déjà en Asie du Sud-Est des projets d’ammoniac, d’hydrogène et de capture du carbone présentés comme des solutions vertes, alors qu’ils prolongent la dépendance au gaz et au charbon.
Le CAN rappelle que les carburants à base de biomasse ou d’hydrogène ne peuvent jouer qu’un rôle marginal dans la transition énergétique, et uniquement lorsqu’ils reposent sur des sources 100 % renouvelables, produites localement à partir de l’énergie solaire ou éolienne. Leur déploiement massif, prévient le réseau, accentuerait les atteintes aux droits humains, la perte de biodiversité et la déforestation.
Les risques pour les systèmes alimentaires et forestiers sont également au cœur des critiques. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a démontré que la protection des forêts est l’une des mesures de réduction des émissions les plus efficaces. Or, l’extension des cultures énergétiques pour produire des biocarburants entre en concurrence directe avec la production alimentaire et la préservation des forêts.
« Les biocarburants à grande échelle ont souvent été associés à des violations des droits humains, comme l’accaparement des terres ou la hausse des prix alimentaires », a déclaré Marie Cosquer, analyste des systèmes alimentaires chez Action contre la Faim.
« Pendant que les grandes entreprises agro-industrielles renforcent leur pouvoir, les petits producteurs et les peuples autochtones en paient le prix. »
Le CAN insiste sur la supériorité de l’électrification directe, beaucoup plus efficace et moins coûteuse que les filières à base d’hydrogène ou de bioénergie, notamment pour le chauffage, la production d’électricité et le transport routier. Il appelle les pays développés à miser sur la sobriété et l’efficacité énergétique plutôt que sur des solutions technologiques coûteuses et incertaines.
« La production de biocarburants repose souvent sur des pratiques agricoles destructrices, la monoculture, les OGM et les pesticides, mettant en péril la souveraineté alimentaire et la biodiversité », a averti Ruairi Brogan, expert en bioénergie à la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB). « Utiliser la biomasse forestière pour produire des carburants est une menace directe pour nos écosystèmes les plus précieux. »
À quelques jours des discussions de haut niveau sur la transition énergétique, le CAN appelle les dirigeants présents au Sommet de Belém à concentrer leurs efforts sur la sortie totale des énergies fossiles, la décarbonation des systèmes énergétiques et des transports, et l’accès universel à une énergie propre et abordable dans le Sud global.
Pour le CAN, l’adoption du Belém 4X Pledge ne ferait que détourner l’attention de la véritable urgence : construire une transition juste, cohérente et équitable. Le réseau exhorte donc les États à ne pas signer cette initiative, qu’il considère comme une diversion dangereuse plutôt qu’un progrès climatique.
