Guerre et maternité  à Bukavu : De tirs de balles autour de l’hôpital ont provoqué mon accouchément (Témoignage exclusif)

Guerre et maternité  à Bukavu : De tirs de balles autour de l’hôpital ont provoqué mon accouchément (Témoignage exclusif)
Une dame regarda son nourisson dans une serviette de bébé ©Photo Pascal ZAMBROTA

Il y a des cris de nouveau-nés qui résonnent dans la douleur, des vies qui naissent au milieu des balles, et des mères qui donnent la vie alors qu’elles sentent la leur leur échapper. Dans la ville de Bukavu, depuis l’occupation de la ville, chaque contraction, chaque battement de cœur fœtal, chaque cri d’enfant est un combat.

Madame Gisèle , 38 ans, mère de six enfants, se souviendra toujours du jour où la guerre est entrée chez elle.

« Tout a commencé avec les messages WhatsApp au début du mois de février à mon approche de 9 mois de grossesses. On disait que l’armée de AFC M23 approchait  Kalehe centre en provenance de Minova, puis Katana, à la suite c’etait l’aeroport de Kavumu.  le 16 février, ils étaient là, devant ma maison à Labotte sur la route en ligne vers le cercle de labotte. Ils marchaient calmement. On les saluait… sans savoir que la peur allait s’installer durablement chez nous et moi j’étais terrassée de la peur d’un probable affrontements en ville. »

Le calme a duré quelques heures. Très vite, des ratissages, des mouvements de troupes ont été visible dans la ville et dans les réseaux sociaux.

« Ce qui me faisait peur davantage ce sont les nombres de morts de bandits armés qui en est suivi. Suite aux armes éparpillés ci et la dans la ville. Chaque soir et matin on ramassait les corps et j’aivais peur que mon tour arriverait. J’étais tenté de partir de la ville mais je n’avais pas de documents pour enfants.  »

Gisèle, comme beaucoup d’autres, vit alors dans l’angoisse permanente. Elle tente de rester forte pour ses enfants… et pour celui qu’elle porte.

 « Le lundi suivant, mes enfants sont retournés à l’école. Mais à peine arrivés, des coups de feu éclatent à Karhale. Impossible de joindre l’école, le réseau ne passait pas. Mon cœur battait à tout rompre. Heureusement, leur chauffeur m’a dit qu’ils étaient enfermés dans l’enceinte. Ils sont rentrés vers 10h, mais ce jour-là, j’ai cessé de sentir mon bébé bouger. »

Le silence dans son ventre l’inquiète. Quelques jours plus tard, elle se rend à l’hôpital pour une échographie. Les médecins diagnostiquent un stress aigu lié à la guerre et surtout des alertes des attaques de wazalendos.

« J’étais à terme. Ils m’ont proposé de provoquer l’accouchement pour éviter le pire. »

Le 19 mars, Gisèle est admise. Elle commence les injections, sous surveillance. Mais dans la nuit, l’horreur refait surface.

 « Je me rappelle qu’il était 21h. Je marchais dans les couloirs comme recommandé. Et là… des tirs. Forts, proches. Le personnel médical a couru se réfugier. On m’a ramenée en chambre, et là, j’ai senti les contractions. Ce n’était pas les douleurs habituelles. C’était la peur qui m’accouchait. »

À 22h, Gisèle donne naissance à un petit garçon. Elle est encore sous le choc. Mais à peine le temps de souffler, une nouvelle inquiétude surgit, l’enfant fait une forte fièvre le lendemain à quelques heures de sa sortie à l’hôpital.

« On m’a dit qu’il devait rester en observation pendant 5 jours. J’ai passé cinq jours de plus à l’hôpital. Et là, j’ai vu… j’ai vu l’inhabituels. »

Des femmes, en larmes, après des fausses couches. D’autres qui accouchent à six ou sept mois. Des bébés en couveuse, certains qui ne survivent pas.

 » La majorité des femmes enceintes venaient de Pageco, de l’avenue Industrielle, vers Muhungu, et surtout des avenues autour de l’UEA. Certaines affirmaient que des positions militaires étaient installées dans leurs rues ou même à l’intérieur de leurs parcelles. D’autres racontaient que des tirs éclataient chaque nuit dans leurs quartiers, ce qu’elles ne supportaient plus. Certaines avaient vu des cadavres brûlés. Celles qui en avaient la force parlaient, mais toujours sous le choc émotionnel.« témoignage exclusif

La guerre ne tue pas seulement par les armes. Elle fauche des vies qui n’ont même pas encore vu le jour.

« C’était terrible. On criait, on pleurait, les médecins faisaient de leur mieux. Mais la peur, elle, était partout. »

Aujourd’hui, Gisèle est rentrée chez elle. Son bébé va mieux. Mais elle reste marquée, traumatisée, comme tant d’autres femmes de Bukavu.

« Il faut que ça s’arrête. Ce n’est pas normal d’accoucher dans la peur. On ne devrait pas avoir à choisir entre donner la vie et risquer la sienne. »

Dans les zones de conflit, les femmes enceintes sont souvent les grandes oubliées. Pourtant, chaque naissance est un acte de résistance. Chaque mère est une survivante.

Face à cette crise, les organisations de santé appellent à des réponses d’urgence intégrant la dimension santé mentale, santé maternelle et protection des femmes en situation de conflit.

Cela inclut « le renforcement des capacités du personnel médical en situation de crise humanitaire. L’installation de centres d’écoute et de soutien psychosocial pour les femmes enceintes. l’approvisionnement en kits d’accouchement d’urgence et en matériel néonatal. La sensibilisation des autorités sur la nécessité d’un encadrement spécial des femmes en périnatalité pendant les conflits. »

Mettre au monde un enfant ne devrait jamais être un acte de survie , conclut maman Gisèle, le regard posé sur son bébé encore fragile. Nous méritons de vivre ces moments dans la sécurité, pas dans la terreur. »

Dans les zones de conflit, protéger la maternité, c’est préserver l’avenir. Car chaque naissance, malgré la guerre, est un acte de résistance et d’espoir.

 

 

 

 

 

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