Guerre et réseaux sociaux à l’Est de la RDC : Quand la panique perturbe le bon déroulement des activités scolaires !
Une des écoles de l’Athénée d’Ibanda/Bukavu hors enclos photo ©Janvier Barhahiga
Entre menaces sur les réseaux sociaux et rumeurs d’attaques, l’école devient une source de traumatisme pour les élèves, les parents ainsi que enseignants.
Alors que la guerre continue de faire rage dans plusieurs territoires de l’est de la République démocratique du Congo, à Bukavu; l’angoisse gagne désormais les salles de classe. Des messages vocaux, textes et alertes circulant sur WhatsApp, notamment annonçant une attaque imminente de la ville par les Wazalendo, plongent parents, élèves et enseignants dans une peur permanente.
Pour Idriss BBALINDE, psychologue clinicien et coordonnateur de l’ASPPD ASBL (Association pour la Santé Psychosociale et le Développement), cette situation est profondément alarmante :
« Un enfant exposé à des menaces constantes, même virtuelles, ne peut pas se concentrer. Il est déjà en état de vigilance. Il pense à comment fuir, où se cacher, comment survivre, pas à apprendre. »
Selon lui, ces alertes souvent infondées ou exagérées, mais relayées massivement sur les réseaux sociaux, provoquent des traumatismes silencieux chez les jeunes. Un enfant traumatisé, explique-t-il, est dans l’incapacité de bien assimiler les matières scolaires. Son attention est détournée vers des consignes sécuritaires données par ses parents ou par sa propre anxiété.
Des enseignants aussi sous pression
La peur n’épargne pas les enseignants, qui doivent continuer à transmettre le savoir tout en se demandant s’ils pourront eux-mêmes sortir sains et saufs de l’école.
« Un enseignant inquiet ne peut pas enseigner avec cœur. Il pense à sa propre sécurité, à celle des élèves, et aussi à ses propres enfants », souligne encore Idriss Balinde.
Cette insécurité psychologique affecte tout le système : perturbation du calendrier scolaire, chute de niveau académique, retards dans les programmes, pertes financières pour les établissements et stress permanent pour les familles.
Certaines écoles ont même dû modifier leur horaire, en réduisant les cours de 8h à 13h sans pause, et en annulant les congés de Pâques, afin de récupérer les heures perdues.
Les appels à la prudence face à la désinformation
Face à cette vague de panique alimentée par les réseaux sociaux, le psychologue appelle les parents à faire confiance aux médias crédibles et à ne pas céder à la panique.
« C’est important de filtrer les informations. Les rumeurs non vérifiées provoquent plus de peur que les faits eux-mêmes. Cela met en danger non seulement l’école, mais aussi l’équilibre mental des enfants. »
Des familles désemparées
À Bukavu, certains parents ont pris des mesures extrêmes : certains ont fui la ville avec leurs enfants, tandis que d’autres les gardent à la maison, préférant sacrifier l’éducation plutôt que de risquer la sécurité.
Dans plusieurs écoles, les directions tirent la sonnette d’alarme. Elles demandent une communication officielle rassurante des autorités et des garanties de sécurité pour le bon déroulement des cours.
« Nous voulons que nos enfants étudient en paix. Que les autorités, même celles de l’AFC/M23, assurent que les écoles ne soient pas ciblées ou perturbées », réclame un parent lors d’une réunion à Kadutu.
Alors que le pays tente de garantir l’éducation pour tous, les conflits armés, la désinformation et l’insécurité psychologique compromettent gravement ce droit fondamental. Un climat de peur grandissant s’installe dans les écoles du Sud-Kivu, mettant en péril l’avenir de toute une génération.
