RDC : Les minerais du Sud-Kivu exclus de l’accord du corridor de Lobito
La signature de l’accord sur le corridor de Lobito est perçue comme une étape stratégique pour le développement des exportations minières en République démocratique du Congo (RDC). Cependant, cet engagement suscite également des inquiétudes profondes, notamment au Sud-Kivu, une région riche en ressources mais qui, encore une fois, semble être écartée des grandes décisions nationales.
L’article 7, alinéa 3, de cet accord fait particulièrement débat. Il impose que « la RDC s’engage à ne pas exporter plus de 50 % de ses minerais par une autre voie que celle du corridor de Lobito. » Une clause assortie de sanctions : en cas de non-respect, la RDC devra verser une pénalité équivalente à 5 % des coûts de transport des cargaisons concernées, simulant leur acheminement par Lobito.
Si cette décision pourrait bénéficier aux provinces reliées à Lobito, comme le Katanga et l’ex-Kasaï, le Sud-Kivu, quant à lui, se retrouve écarté. Ce territoire riche en or, coltan et cassitérite manque d’infrastructures pour profiter des retombées de cet accord, accentuant les disparités régionales.
« Nous avons l’impression que le Sud-Kivu ne fait pas partie des priorités nationales, » confie Samuel, mineur artisanal à Bukavu. « Nos minerais ne passeront jamais par Lobito, mais nous devrons en subir les conséquences. »
Pour le gouvernement, cet accord avec l’Angola est une opportunité d’intégrer les chaînes logistiques mondiales et d’augmenter les recettes minières en sécurisant un axe d’exportation stable. Lobito, relié à la RDC par un réseau ferroviaire en plein développement, est présenté comme un atout majeur pour le commerce.
Cependant, certains analystes critiquent le caractère exclusif de cette entente. « En limitant les options d’exportation, la RDC compromet le développement d’autres infrastructures essentielles, comme le port de Banana, » estime un expert en logistique internationale.
Le port de Banana, longtemps considéré comme stratégique pour réduire la dépendance aux infrastructures étrangères, semble désormais relégué au second plan. Cela prive non seulement le Sud-Kivu, mais aussi d’autres provinces, de perspectives économiques viables et durables.
Les conséquences de cet accord ne se mesurent pas qu’en termes de logistique ou d’économie. Pour les communautés locales, l’absence de perspectives d’inclusion est synonyme d’abandon.
Dans les mines artisanales de Kamituga et Walungu, des milliers de familles tirent leur subsistance de l’exploitation minière, malgré des conditions de travail difficiles. « Nous extrayons ces minerais à la sueur de notre front, mais on dirait que cela ne compte pas pour les décideurs, » témoigne Adèle, une mineuse de 32 ans.
Sans investissements pour relier le Sud-Kivu aux corridors nationaux et internationaux, les inégalités risquent de s’aggraver. « Comment espérer un développement équilibré si nos ressources restent bloquées et invisibles ? » s’interroge Jean-Claude, commerçant à Bukavu.
Cet accord ne doit pas devenir un facteur de division entre les provinces. Les experts et acteurs de la société civile appellent à une révision des priorités pour s’assurer que toutes les régions, y compris le Sud-Kivu, bénéficient de la stratégie nationale d’exportation minière.
« Nous ne demandons pas la lune, mais simplement une place dans la politique économique et minière de notre pays, » insiste un représentant des organisations locales à Bukavu.
La RDC, riche de ses ressources et de son potentiel humain, ne peut se permettre de reproduire les erreurs des accords économiques passés. Si le corridor de Lobito représente une opportunité, il ne doit pas devenir une obligation contraignante qui exclut des régions entières.
Les Congolais attendent du gouvernement des actions qui traduisent une vision inclusive. Le développement du port de Banana et des infrastructures pour le Sud-Kivu ne devrait pas être sacrifié sur l’autel d’un partenariat exclusif.
L’avenir de l’exploitation minière en RDC passe par une prise de conscience que chaque province, chaque communauté, a un rôle à jouer. C’est à cette condition que l’unité et la prospérité pourront être réellement atteintes.
