Sud-Kivu : à Walungu, un projet scientifique pour redonner une voix aux amphibiens oubliés
Dans les marais et zones humides de Walungu, les amphibiens vivent souvent dans l’ombre. Invisibles dans les débats publics, absents des priorités budgétaires, ils restent pourtant des indicateurs précieux de la santé des écosystèmes. En République démocratique du Congo, pays reconnu pour sa richesse biologique exceptionnelle, ces espèces figurent paradoxalement parmi les moins étudiées.
« Nous parlons beaucoup des grands mammifères ou des forêts, mais très peu des amphibiens. Pourtant, quand ils disparaissent, c’est tout un écosystème qui vacille », explique Jacques ASSUMANI membre de l’équipe scientifique engagée dans le nouveau projet lancé à Walungu.
Avec l’appui de The Rufford Foundation, les chercheurs ont démarré le tout premier inventaire de référence consacré aux amphibiens dans les écosystèmes humides de cette partie du Sud-Kivu. L’objectif est simple mais ambitieux : savoir enfin quelles espèces vivent dans ces milieux, dans quel état elles se trouvent, et comment les protéger durablement.
Science et communautés, main dans la main
Au-delà des relevés scientifiques, le projet mise sur l’implication directe des communautés locales. Les riverains des zones humides sont appelés à participer à la surveillance des habitats et à comprendre le rôle écologique de ces espèces souvent méconnues.
« La conservation ne peut pas être importée. Elle doit être portée par ceux qui vivent au quotidien avec ces écosystèmes », souligne JACQUES ASUMANI responsable du programme.
Dans cette dynamique, la Congo Amphibian Science & Stewardship Initiative a été mise en place au sein de MKAAJI MPYA asbl. Cette plateforme ambitionne de structurer la recherche nationale sur les amphibiens, de former une nouvelle génération de scientifiques congolais et de créer un réseau de collaboration à long terme.
Combler un vide scientifique
Malgré sa réputation de pays à forte diversité biologique, la RDC ne dispose toujours pas d’une base de données nationale exhaustive sur les amphibiens, en particulier dans l’Est du pays. Ce manque d’informations complique l’élaboration de stratégies de conservation adaptées.
« On ne peut pas protéger ce que l’on ne connaît pas », rappelle un chercheur impliqué dans l’initiative.
À Walungu, le travail ne fait que commencer. Mais pour les porteurs du projet, chaque inventaire réalisé, chaque étudiant formé et chaque communauté sensibilisée constituent un pas vers une conservation plus inclusive et fondée sur des preuves scientifiques.
Dans un contexte de pressions croissantes sur les écosystèmes, donner une place aux amphibiens dans l’agenda environnemental congolais pourrait bien être un signal fort en faveur d’une approche plus complète et plus durable de la biodiversité.

