Sud-Kivu : Flou autour des financements des routes urbaines et agricoles
Depuis plus de vingt ans, le Sud-Kivu bénéficie de nombreux financements pour la modernisation de ses routes qui avoisine rait 1,5milliards pour plus 1000km de toutes urbaines et rurales.
Pourtant, l’état des infrastructures reste déplorable. Routes défoncées, chantiers à l’abandon, détournements présumés… La situation inquiète les habitants et soulève de nombreuses interrogations sur la gestion des fonds alloués à ces projets.
En 2011, l’ex-président Joseph Kabila lançait la réhabilitation du tronçon Bukavu-Kamanyola (55 km). Quatorze ans et six financements plus tard, seulement 22 km ont été réalisés. Déjà en 2006, le vice-président Abdoulaye Yerodia Ndombasi avait initié, depuis la place de l’Indépendance, les travaux de la Route nationale n°2 (Bukavu-Walungu-Kasongo), financés à hauteur de 20 millions USD par la Banque mondiale. Malgré des promesses de livraison en 18 mois, cette route reste dans un état préoccupant.

L’histoire se répète en 2018, le gouverneur Claude Nyamugabo annonçait de nouveaux travaux. En 2023, le ministre des Infrastructures Alexis Gisaro lançait à son tour l’achèvement de la Route nationale n°5 (Bukavu-Kamanyola). Mais sur le terrain, les résultats sont quasiment invisibles.
Les infrastructures routières du Sud-Kivu ont été financées par de multiples bailleurs Banque mondiale, Banque africaine de développement (BAD), Union européenne, FONER, taxes sur le litre du carburant, projet sino-congolais, présidence de la République sous Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, ainsi que des entreprises comme la Société Congolaise de Construction (SOCOC).
En novembre 2021, la BAD validait un projet de 100 millions USD pour l’aménagement de la Route nationale n°2 (Bukavu-Goma) et la construction de 100 km de voiries urbaines à Bukavu. Ce financement, fruit d’un plaidoyer du gouverneur Théo Ngwabidje Kasi, faisait suite à une promesse du président Tshisekedi lors de son passage à Bukavu en 2019. Mais, à ce jour, ces routes sont toujours en piteux état.
Urbain Kanges, rapporteur du Club des pétroliers du Sud-Kivu, dénonce cette gestion opaque : « Nous avons débloqué 4,5 millions de dollars pour la réhabilitation de la route Ruzizi 2 – Rond-point Major Vangu. Quatre ans plus tard, l’évaluation des travaux montre qu’à peine 500 000 dollars ont été investis. Par manque de transparence, nous avons décidé de bloquer cette route, mais nos camions continuent de subir des accidents à cause de son état désastreux. »
Depuis l’ère du gouverneur Louis-Léonce Muderwa en 2006 jusqu’à l’actuel Jean-Jacques Purusi en 2025, en passant par Marcellin Cishambo (7 ans de règne sur la province) , Claude Nyamugabo(1, 2 an) et Théo Ngwabidje Kasi (5 ans), aucune administration n’a apporté d’éclaircissements sur l’utilisation des fonds alloués aux infrastructures routières. À chaque nouveau financement, l’espoir renaît, mais sur le terrain, les routes restent impraticables.
Les habitants dénoncent également l’impact de ces routes délabrées sur l’économie locale. Les zones agricoles, isolées à cause du mauvais état des routes, peinent à écouler leurs produits vers les centres urbains. À chaque saison des pluies, les trajets deviennent un véritable calvaire, des routes se transforment en bourbiers, et les prix des denrées alimentaires explosent.
Face à ce constat alarmant, la population demande des comptes sur la gestion de ces fonds. Où sont passés les budgets destinés à ces infrastructures ? Quels obstacles empêchent la mise en œuvre effective des projets ?
Les citoyens réclament des audits indépendants et une plus grande transparence dans l’attribution des marchés publics. Sans une réelle volonté politique et un contrôle strict, ces routes risquent de rester des chantiers éternellement inachevés, freinant le développement économique du Sud-Kivu.
Malgré cette crise de confiance, un nouveau projet routier vient d’être lancé à Bukavu. Ce mardi 11 février 2025, le gouvernement central a annoncé le début des travaux de construction et de réhabilitation de 17,14 km de routes. L’exécution est confiée à l’entreprise TRABEMCO pour une durée de 18 mois.
Madame Raïssa, directrice de TRABEMCO, explique que les travaux se dérouleront en deux phases : une première dédiée aux études et à la mobilisation du matériel, suivie d’une seconde phase d’exécution simultanée sur plusieurs axes stratégiques de Bukavu.
Reste à voir si ce projet tiendra ses promesses ou s’il viendra allonger la longue liste des chantiers inachevés du Sud-Kivu.
