Sud-Kivu : la guerre vole l’avenir de plus de 2,32 millions d’enfants privés d’école
Dans les villages de Kalehe, Kabare ou Walungu, les rires des enfants dans les cours d’école ont peu à peu laissé place au silence. Des tableaux noircis de craie restent sans réponse, les pupitres sont vides, et les enseignants attendent des élèves qui ne viennent plus. La guerre a fait fuir les familles, et avec elles, l’espoir d’un avenir tracé à travers l’éducation.
Depuis plusieurs semaines, les combats entre groupes armés et forces de sécurité ont plongé de nombreuses localités du Sud-Kivu dans l’insécurité totale. Pour Alphonse Cubaka, père de quatre enfants à Miti, la décision fut déchirante :
> « J’ai dû garder mes enfants à la maison. Chaque matin, je prie pour leur sécurité. Comment les envoyer à l’école quand on entend des tirs à quelques kilomètres ? »
Comme lui, des milliers de parents vivent cette réalité. L’école, censée être un lieu de refuge, de savoir et de rêve, devient un endroit à éviter. Certaines écoles ont été fermées, d’autres peinent à fonctionner avec des effectifs réduits, et parfois sans enseignants.
Un choc profond sur l’enfance
Derrière ces chiffres, ce sont des vies bousculées. Des enfants déplacés dorment dans des classes transformées en abris, d’autres errent dans les camps sans pouvoir lire ni écrire.
> « Le retard est énorme. Si rien n’est fait, l’année est perdue pour beaucoup », confie un enseignant de Bukavu, la voix lourde de désespoir.
Selon l’UNICEF, plus de 3 305 écoles ont fermé sur les 8 177 que compte la province. Près de 2,32 millions d’élèves ne vont plus à l’école. Parmi elles, 24 écoles servent d’abris aux familles déplacées, et 85 ont été complètement détruites.
Le cri du cœur des enseignants
Malgré les difficultés, certains continuent de se battre. Matthieu Bujiriri, enseignant à Kalehe, refuse de baisser les bras :
> « Nous avons besoin de sécurité, de cahiers, de bancs… mais surtout de soutien. Les enfants doivent retrouver le chemin de l’école. »
L’UNICEF tente d’apporter une réponse d’urgence. Fournitures scolaires, soutien psychosocial, formation des enseignants… Tout est mis en œuvre pour garder un lien, aussi fragile soit-il, entre les enfants et l’école.
> « Beaucoup sont traumatisés. Comment apprendre quand on a vu son village brûler ? », interroge Emmanuel Chibangu, responsable du programme éducation à l’UNICEF.
« Nous aidons les enseignants à accompagner ces enfants brisés. Nous envoyons du matériel dans les zones encore accessibles. Mais il nous faut de l’aide, et vite. »
L’éducation en sursis
À l’heure où d’autres enfants révisent pour les examens, au Sud-Kivu, c’est la survie qui prime. Le droit à l’éducation, inscrit dans les textes, semble bien loin de la réalité des enfants de cette province.
Tant que les armes parleront plus fort que la craie, des millions d’élèves resteront privés de ce qui devrait être une évidence : apprendre, rêver, grandir.
Cet article a été réalisé dans le cadre du projet « Habari za Mahali », porté par le consortium RATECO et REMEL, avec le soutien de Media4Dialogue de La Benevolencija.
