Sud -kivu : la solution à la malnutrition infantile se cultive dans le champ
Dans les collines fertiles de Kabare comme sur les rives paisibles d’Idjwi, au Sud-Kivu, un même message émerge la lutte contre la malnutrition infantile commence dans le champ.
Les familles redécouvrent aujourd’hui la richesse nutritive de leurs propres terres haricots, soja, sorgho, maïs, fufu de manioc, légumes et poissons locaux — des trésors longtemps sous-estimés.
À Kabare, la terre nourrit la vie
À Kabare, les familles apprennent peu à peu à valoriser leurs produits agricoles dans l’alimentation des enfants. Selon les agents de santé, après les six premiers mois d’allaitement maternel exclusif recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, l’enfant a besoin d’aliments complémentaires pour bien grandir.
« Le lait maternel reste essentiel, mais il ne suffit plus seul après six mois. Les aliments locaux, bien préparés, complètent parfaitement les besoins nutritionnels », explique BANKULIKIRA NÉHÉMIE un agent nutritionniste du centre de santé de Nyantende.
Les mamans s’initient désormais à la préparation de bouillies enrichies à base de maïs, de sorgho, de soja et de haricots. Ces mélanges apportent les protéines, vitamines et minéraux indispensables à la croissance des enfants.
L’ajout de légumes verts, de fufu de manioc et d’un peu de poisson sambaza ou de poisson d’élevage améliore la qualité nutritionnelle des repas familiaux.
« Tout est ici, dans notre terre et nos rivières », confie Jeanne NDALIZI une mère rencontrée à Kabare dans son champs.« Avant, on pensait qu’il fallait acheter des aliments coûteux en ville, mais aujourd’hui, nous savons que ce que nous cultivons suffit pour bien nourrir nos enfants. »
Ces initiatives locales, soutenues par des organisations communautaires des femmes rurales , montrent qu’une alimentation saine, durable et équilibrée peut naître du terroir. À Kabare, la terre nourrit la vie et les solutions à la malnutrition se cultivent chaque jour dans le champ.
À Idjwi, l’agriculture devient école de nutrition
Sur l’île d’Idjwi, dans les villages de Mugote, Kabingu, rando et Bukere, Bagagaze Koko Dorcel, formatrice agricole formé par le programme SVC LIMA FAIDIKA de l’organisation internationale TETRA TECH sur financement de USAID en 2022 , forme les femmes à cultiver autrement pour nourrir avant de vendre.
Formée à la nutrition humaine en mai 2022, elle milite pour une meilleure utilisation des ressources locales.
« Nous avons beaucoup de choses dans nos champs, mais beaucoup ne savent pas encore reconnaître ce qu’est un repas équilibré à quatre étoiles pour les enfants. Nous apprenons aux cultivateurs à semer le soja et le haricot, mais certains vendent tout sans penser à en garder pour nourrir leurs enfants », explique-t-elle.
Pour Dorcel, chaque culture locale a une valeur nutritionnelle et économique à ne pas négliger.
« Le haricot aide à éliminer certaines toxines dans le corps. Le soja est une mine de richesses, on peut en faire des beignets à vendre, le consommer avec du manioc ou du riz, en extraire la farine pour la bouillie ou le thé, obtenir l’huile et même le lait de soja, très utiles pour les enfants. »
Elle prône la diversification agricole et alimentaire :
« Avec le soja, le sorgho et le maïs, on peut tout faire, le fufu, la bouillie, des boissons nutritives et même de la nourriture pour les poules et cobayes. Les haricots mélangés aux bananes plantains, le Kifukama, sont très nutritifs. Et la bouillie Masoso (maïs, sorgho, soja) donne force et énergie. »
Pour cette formatrice, l’autonomie alimentaire est la meilleure protection contre la malnutrition :
« Il ne faut pas dépendre des produits importés dont on ignore l’origine ou la conservation. Tout ce qu’il faut pour nourrir nos enfants se trouve ici, dans nos champs. »
Chaque femme peut devenir une actrice du changement simplement en cultivant, transformant et consommant les produits de son terroir.
