Sud-Kivu : plaidoyer pour les semences traditionnelles et débat sur la certification
« Ma mère produisait avec des semences traditionnelles pendant plus de quarante ans sous mes yeux, sans jamais acheter de semences. Elle cultivait, plantait, récoltait, puis replantait, sans recourir au marché semencier. D’où est venue la notion de validation de semence ? D’ailleurs, on ne voit plus aujourd’hui la diversité de couleurs qui caractérisait autrefois nos semences », a déclaré le Professeur Kacho Karume, enseignant-chercheur à l’Université Évangélique en Afrique (UEA).
Cette intervention marquante a eu lieu le 2 septembre 2025, lors de l’atelier d’élaboration des stratégies agroécologiques pour la province du Sud-Kivu, organisé à l’UEA par Congo Basin Conservation Society en collaboration avec la Faculté d’Agronomie. Le chercheur a ainsi mis en lumière la perte progressive de la biodiversité agricole et l’effacement des savoirs paysans autour des semences locales.
Pour lui, la sauvegarde et la valorisation des semences traditionnelles doivent occuper une place centrale dans les futures stratégies agroécologiques, afin de renforcer la souveraineté alimentaire des communautés paysannes.
De son côté, Dieudonné Byaombe, coordonnateur du Service National de Semences (SENASEM), a rappelé que la production semencière ne viendra pas des multinationales, mais plutôt d’un territoire à un autre. « Avec 30 kilos par hectare, on peut couvrir tout un territoire, à condition d’avoir seulement trois producteurs. La production de semences certifiées – R1, R2 et R3 – relève de SENASEM », a-t-il précisé.
Il a également souligné les écarts de prix entre pays : au Burundi, un demi-kilo de semences coûte 0,5 dollar, tandis qu’en République Démocratique du Congo, un kilo revient entre 2 et 3 dollars. « Autrefois, un hectare pouvait donner jusqu’à 40 tonnes, mais aujourd’hui, il est difficile d’atteindre cinq hectares », a-t-il regretté, appelant à confier la production de semences aux spécialistes, notamment à l’Institut National d’Études et de Recherches Agronomiques (INERA), seule institution habilitée à certifier.
Cet échange illustre le débat crucial qui traverse le Sud-Kivu : comment concilier la valorisation des savoirs paysans et des semences locales avec les exigences de certification et de productivité agricole.
