Bukavu : face à la crise des déchets plastiques, SOPRODE mobilise pour un avenir durable
Par Fammy Mikindo
Longtemps surnommée la « Suisse d’Afrique » pour ses collines verdoyantes et son panorama enchanteur sur le lac Kivu, la ville de Bukavu fait aujourd’hui face à une crise environnementale majeure, l’invasion des déchets plastiques.
Dans les rues, les marchés, les cours d’eau, les sachets et bouteilles en plastique s’amoncellent, asphyxiant peu à peu l’environnement urbain, menaçant la santé publique et fragilisant les infrastructures essentielles.
À Bukavu, où les systèmes de gestion des déchets sont quasi inexistants, cette pollution prend des proportions inquiétantes. Les caniveaux bouchés provoquent régulièrement des inondations, les rivières sont saturées de déchets, les berges du lac Kivu souillées.
Même la centrale hydroélectrique de Ruzizi I, qui alimente en électricité le Sud-Kivu, le Nord-Kivu, le Burundi et une partie du Rwanda, est impactée par l’accumulation des déchets plastiques qui entravent son bon fonctionnement.
Pourtant, un décret interdit depuis 2018 la fabrication, l’importation et la vente de plastiques non biodégradables en RDC. Mais comme souvent, la loi existe sur papier, sans véritable application.
À Bukavu comme ailleurs, les plastiques à usage unique circulent encore librement. Récemment, les autorités provinciales ont renouvelé leur volonté de lutter contre cette pollution, mais sans mesures concrètes, ces déclarations risquent de rester symboliques.
Face à cette crise, une organisation congolaise se démarque par son engagement SOPRODE (Solidarité pour la Protection des Droits de l’Enfant).
Depuis plusieurs années, elle œuvre pour éveiller les consciences, éduquer les communautés et faire bouger les lignes, dans une approche alliant justice sociale, droits humains et protection de l’environnement.
La sensibilisation de proximité, avec des ateliers et des campagnes sur le terrain, en impliquant jeunes, femmes, peuples autochtones, récupérateurs de déchets et médias.
Le renforcement des capacités, à travers des formations adaptées qui donnent aux communautés notamment marginalisées les outils pour agir.
Le plaidoyer, par un dialogue constructif avec les autorités et une pression constante pour faire respecter les lois environnementales. SOPRODE milite pour une transition énergétique équitable, une gouvernance transparente et la reconnaissance des savoirs locaux.
Dans le cadre des négociations internationales sur le futur traité mondial contre la pollution plastique (CIN-5.2, à Genève en août 2025), l’organisation a récemment adressé deux lettres clés, à madame la Vice-Première Ministre de l’Environnement, elle demande un engagement ferme pour un traité contraignant,une sortie des projets pétroliers nuisibles à l’environnement et une accélération de la transition énergétique; à monsieur Jean-Pierre Bope Lapwong, point focal de la RDC dans ces négociations, elle plaide pour que les organisations de la société civile soient reconnues comme observateurs légitimes, intégrées dans la délégation nationale et pleinement informées du contenu des négociations.
Ce que rappelle SOPRODE, c’est qu’aucune solution durable ne peut émerger sans la participation de toutes et tous.
Il ne suffit pas de nettoyer nos rues. Il faut repenser en profondeur notre manière de produire, de consommer et de gérer les déchets. C’est un chantier immense, mais porteur d’espoir : la crise des plastiques peut devenir une opportunité de transformation sociale et environnementale.
