Bukavu : Quand perdre sa maison équivaut à 1 776 $, mais l’aide de l’État ne dépasse pas 70 $ pour les plus pauvres
Des habitants de kalehe en intervention dans une catastrophe naturelle à mbongo nord © tiers.
À Bukavu, dans l’est de la République Démocratique du Congo, les catastrophes naturelles et les incidents d’origine humaine ne cessent de ravager les quartiers populaires. Incendies, éboulements, inondations : autant de drames qui laissent des familles entières sans abri, sans biens, sans recours immédiat. Mais au-delà de la tragédie, une autre réalité choque : l’écart abyssal entre les pertes subies et l’assistance accordée par les autorités.
Une enquête de terrain menée entre février et avril 2025 par [Nom du média/organisation] auprès de 40 ménages sinistrés dans les communes d’Ibanda, Kadutu et Bagira dresse un constat alarmant. Chaque ménage victime perd en moyenne l’équivalent de 1 776 dollars américains. Pourtant, l’aide reçue de l’État ou de la protection civile ne dépasse pas 70,8 dollars, tous dons confondus.
Les données compilées révèlent que les pertes comprennent généralement les maisons détruites (souvent construites avec des matériaux semi-durables), les biens de première nécessité, les effets personnels, les meubles, les vivres, et parfois des économies gardées à domicile.
« J’ai tout perdu dans l’incendie de Nyakaliba, même les cahiers d’école de mes enfants. La maison en planches m’avait coûté plus de 2 000 dollars à construire, petit à petit, sur plusieurs années », raconte Aline K., mère de cinq enfants, résidant à Kadutu.
Sur les 40 familles enquêtées, aucune n’a reçu une aide dépassant les 100 dollars. Certaines n’ont reçu que 25 ou 30 dollars, d’autres ont bénéficié de quelques tôles, matelas ou sacs de riz, parfois avec des semaines de retard.
« On nous a donné une enveloppe de 50 dollars, mais cela ne couvre même pas le loyer d’un mois dans une maison de fortune », déplore David M., victime d’un éboulement à Ciriri.
La majorité des sinistrés interrogés dénoncent un système de distribution injuste et politisé. L’assistance irait d’abord aux proches des autorités locales ou à ceux qui « figurent sur des listes dressées sans consultation communautaire ». Certains évoquent même des cas de détournement d’aide ou de promesses non tenues.
« À chaque catastrophe, les mêmes noms apparaissent pour recevoir l’aide, même s’ils ne sont pas touchés. Ceux qui souffrent en silence sont oubliés », témoigne un chef de rue à Bagira.
Face à cette injustice sociale, l’étude recommande,la création d’un fonds d’urgence provincial, accessible de manière transparente,le renforcement des infrastructures de prévention soit curage de caniveaux, reboisement, respect des normes d’urbanisme, la mise en place d’un mécanisme de contrôle citoyen sur les aides distribuées,le soutien aux mutuelles locales ou à des systèmes d’assurance communautaire pour les ménages vulnérables.
À Bukavu, perdre sa maison, c’est perdre des années d’effort, de sacrifices et de stabilité. Pourtant, la réponse institutionnelle reste faible, inéquitable, et souvent perçue comme indifférente.
