COP30 – Belém : La RDC en marge du débat climatique, la langue comme angle mort diplomatique
À Belém, au cœur de la COP30, une réalité s’impose avec une clarté désarmante : deux langues dominent et organisent tout. L’anglais structure les négociations, les panels techniques et les échanges entre délégations. Le portugais, lui, sert de passerelle naturelle avec la société brésilienne, les institutions locales et le public sud-américain. Résultat : ces deux langues forment un couloir linguistique incontournable qui aimante les foules et concentre les débats les plus stratégiques.
Dans ce paysage vibrant, le pavillon de la République démocratique du Congo peine à trouver son souffle. La RDC, pourtant présentée comme “pays-solution”, s’exprime essentiellement en français. Ce choix, loin d’être anodin, devient rapidement un handicap. Peu de participants comprennent la langue, les messages clés se perdent, les échanges se réduisent et la visibilité du pays s’effrite.
Plusieurs constats s’imposent dans ce pavillon.
D’abord, l’isolement linguistique : panels en français, public majoritairement anglophone ou lusophone, traduction limitée voire inexistante. Un interprète unique, parfois absent, vient accentuer ce décalage.
Ensuite, la fréquentation réduite : seules quelques délégations familières des enjeux congolais ou des partenaires habituels osent franchir le seuil du pavillon. Les bailleurs, eux, passent leur chemin, happés par des espaces plus accessibles linguistiquement.
Enfin, la mise en récit trop peu compétitive : la notion de “pays-solution”, portée avec fierté par Kinshasa, reste peu audible dans un environnement saturé de messages portés par des lobbies puissants, des stratégies de communication rodées et des récits calibrés pour séduire des investisseurs internationaux.
Un négociateur congolais interrogé par BKINFOS (www.bkinfos.net) explique que les thématiques les plus attractives de cette COP réduction de l’usage des énergies fossiles, financement des actions climatiques, transition énergétique mobilisent bailleurs, experts et grandes institutions. Ces débats attirent l’attention, les financements et les regards. Pendant ce temps, le discours congolais, focalisé sur son rôle écologique global mais sans articulation forte avec les opportunités économiques attendues, peine à émerger.
La question devient inévitable : la RDC peut-elle continuer à s’exprimer en marge des codes linguistiques et diplomatiques qui façonnent la COP, ou doit-elle revoir sa stratégie pour mieux s’insérer dans les dynamiques internationales ?
Car à Belém, une vérité apparaît sans détour : à la COP, n’est influent que ce qui est compris. Et la langue, plus qu’un outil de communication, devient un véritable instrument de puissance.
