Site minier de Lomera/Sud-Kivu : » Nous sommes la jeunesse oubliée. » disent les creuseurs
Reportage depuis le site minier de Lomera, Luhihi, territoire de Kabare (Sud-Kivu, RDC)
Ils sont assis sur des sacs de sable, à l’entrée d’un puits recouvert d’une bâche bleue. Les bottes boueuses, les visages marqués par la poussière rouge, ils ont entre 13 et 22 ans. Ils rient entre eux, comme pour se distraire de la réalité.
« Ici, personne ne se soucie de ce qu’on devient. C’est chacun pour soi. »
La voix est celle de Moïse, 17 ans, venu de Kalehe il y a deux ans. Depuis, il n’a plus remis les pieds à la maison. Il creuse, lave, transporte. La terre est son destin, son salaire, sa prison.
Autour de lui, ils sont une dizaine. Tous ont quitté l’école, ou ne l’ont jamais connue.
« Quand tu n’as pas de cahier, pas d’uniforme, tu ne peux pas continuer. Alors on vient ici. Parce qu’au moins, ici, tu peux manger. »
C’est David, 16 ans, le plus petit du groupe, qui parle. Il montre du doigt les tentes blanches usées portant le logo de l’UNICEF. Certaines servent d’abris, d’autres de cuisines improvisées.
« On fait tout ici. On dort, on travaille, on tombe malade ici. Les grandes personnes nous ont oubliés. On n’a pas de radio pour parler, pas d’avocat pour nous défendre. Mais l’or qu’on sort part loin… »
Le silence s’installe un instant. Puis Junior, 20 ans, reprend :
« Ce n’est pas qu’on aime cette vie. C’est qu’on n’a rien d’autre. »
Le site de Lomera, comme tant d’autres en RDC, est une ruche de survie. Des centaines de jeunes, parfois enfants, creusent chaque jour sans protection, sans encadrement, sans futur clair. Pour eux, il n’y a ni lois sociales, ni programmes d’appui, ni reconnaissance.
Ils sont la jeunesse oubliée.
Et pourtant, ils rêvent. De devenir mécaniciens, footballeurs, musiciens. Ils rêvent même d’un jour retourner à l’école.
« Mais on ne rêve pas longtemps ici », lâche Moïse, avant de descendre à nouveau dans le puits.
