Sud-Kivu : une aide humanitaire équitable, pilier de la cohésion sociale entre déplacés et communautés hôtes
Au Sud-Kivu, l’assistance humanitaire demeure un facteur central de cohésion sociale entre les déplacés internes, les familles d’accueil et les communautés hôtes. Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et les déplacements massifs de populations, les acteurs humanitaires insistent sur une condition essentielle : l’aide doit être équitable, inclusive et accessible pour éviter frustrations, tensions communautaires et conflits latents.
Selon Didier Kigonya, membre de l’organisation RACOJ, active dans les interventions d’urgence, l’accès humanitaire constitue aujourd’hui l’un des principaux défis dans la province.
« Les structures humanitaires peinent à atteindre les zones de conflit à cause de l’insécurité et de la dégradation des infrastructures », explique-t-il.
Routes impraticables, insécurité armée et contraintes logistiques limitent considérablement la capacité des humanitaires à répondre efficacement aux besoins des populations affectées.
À ces obstacles s’ajoute un problème structurel récurrent : le faible accès des organisations locales aux financements directs.
« Les organisations nationales sont souvent reléguées au rôle d’exécutants de terrain pour les ONG internationales, avec des budgets très limités qui ne couvrent même pas leurs frais de fonctionnement », déplore Didier Kigonya.
Une situation qui, selon lui, réduit l’impact de l’aide et prive les communautés d’un véritable espoir de relèvement durable.
Kabare : prévenir les conflits par une identification inclusive
Dans le territoire de Kabare, la question du ciblage des bénéficiaires est au cœur des préoccupations. Bisimwa Cibumbiro Pierre, agent humanitaire au Sud-Kivu, estime qu’une identification équitable et participative est indispensable pour prévenir les conflits communautaires. « Il est important de travailler avec les chefs locaux, les leaders communautaires et les confessions religieuses lors de l’identification des bénéficiaires », recommande-t-il.
Il souligne également la nécessité de vérifier et de certifier les listes issues des enquêtes de ciblage afin d’éviter les exclusions arbitraires. Les déplacés internes, les familles d’accueil, les orphelins, les peuples autochtones et les personnes vivant avec un handicap doivent être systématiquement pris en compte. En l’absence de mécanismes clairs et partagés, les frustrations se multiplient au sein des communautés déjà fragilisées.
Kamanyola : l’aide humanitaire comme vecteur de solidarité
À Kamanyola, dans le territoire de Walungu, l’aide humanitaire joue un rôle croissant dans le renforcement de la cohésion sociale. Depuis décembre dernier, plusieurs organisations apportent une assistance en vivres et non-vivres aux déplacés, retournés et ménages vulnérables. Si la population salue cet engagement, elle plaide néanmoins pour un ciblage plus transparent, fondé strictement sur les critères de vulnérabilité. « Nous remercions les humanitaires pour la farine, le savon et les bâches, mais certaines personnes vulnérables n’ont pas bénéficié de l’assistance », témoigne un bénéficiaire.
La cité accueille des déplacés venus notamment de Katogota, Nyangezi, Ishamba, Muhungu et Kamonyi, ainsi que des retournés de guerre et d’autres habitants affectés par les violences armées récentes.
L’urgence d’un couloir humanitaire sécurisé
Face à cette situation, les acteurs humanitaires appellent à l’ouverture urgente de couloirs humanitaires sécurisés afin de garantir une distribution équitable de l’aide. Ils plaident également pour un renforcement de la coordination, de la transparence et de l’implication communautaire. Dans un Sud-Kivu durement éprouvé, une assistance humanitaire juste et sensible aux dynamiques locales reste un levier essentiel pour préserver la cohésion sociale et restaurer l’espoir.
Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », un projet du consortium RATECO–REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBénévolencia.
