Bukavu : à l’Institut Nyakaliba, la vie reprend lentement après la panique d’un attentat à la grenade
Des écoliers jouent dans la cour de leur école Nyakaliba à Bukavu le 13 juin 2025 ©photo Janvier BARHAHIGA
C’était une matinée comme tant d’autres. Jusqu’à ce que l’explosion retentisse. Ce mardi 10 juin 2025, vers 10h, une grenade explose à proximité de l’Institut Nyakaliba, une école officielle située non loin du terrain de Funu, à Bukavu. Le bourgmestre de Kadutu, Byamungu Kazimire, visé lors d’un meeting politique tenu à quelques mètres de là, échappe de justesse. Mais du côté de l’école, c’est la panique : des détonations et tirs à balles réelles plongent les élèves et enseignants dans un climat de peur extrême.
« Les enfants criaient, certains tremblaient, d’autres cherchaient à fuir par les fenêtres », raconte un enseignant, visiblement marqué. « Nous avons dû fermer toutes les classes et interdire toute sortie. Il fallait éviter une bousculade. »
Sur les réseaux sociaux, des images glaçantes circulent : une enseignante, assise à même le sol, entoure de ses bras près de 80 enfants, recroquevillés entre les bancs, dans une cache improvisée à ciel ouvert.
« Elle s’est évanouie le jour de l’explosion, mais elle est revenue enseigner dès le lendemain, comme si de rien n’était », confie une collègue. « Elle dit que ses élèves sont sa famille. »
Le lendemain, si les enseignants sont tous présents, plus de 286 élèves sont absents. Beaucoup de parents, encore sous le choc, n’ont pas osé renvoyer leurs enfants.
« Lors des détonations, les téléphones n’arrêtaient pas de sonner. Les parents appelaient sans cesse. Certains ont même tenté de forcer l’entrée pour récupérer leurs enfants », témoigne un membre de l’administration scolaire. « Autour de 11h, la tension était vive. Les élèves n’ont été remis aux familles qu’à partir de 13h, et heureusement, aucun blessé ni disparu n’a été enregistré — alors que nous franchissons la barre des 1000 élèves inscrits. »
Sur place, des militaires en renfort ont sécurisé le périmètre. Mais aucun d’eux n’est entré dans l’enceinte de l’école. Même le bourgmestre, revenu plus tard sur les lieux, s’est arrêté à la barrière pour rassurer la population, après s’être assuré que l’établissement n’avait pas été directement touché.
Dans la cour, un silence pesant a remplacé les habituels éclats de voix des enfants. Les regards sont encore inquiets, les mots se cherchent. « Ils sont physiquement là, mais mentalement encore ailleurs », glisse un enseignant.
Face à ce traumatisme collectif, un psychologue volontaire a rapidement été dépêché à l’école. Il a entamé des échanges avec l’équipe éducative et prévoit de mener des séances de soutien psychologique dans les jours à venir.
« On ne soigne pas une peur comme celle-là en un jour. Mais écouter, parler, poser des mots, ça peut déjà soulager », confie-t-il à BKINFOS.
Pour les parents aussi, l’angoisse est encore vive.
« J’ai cru que je n’allais plus revoir ma fille », confie Prisca, mère d’une élève en 4e année primaire. « Même aujourd’hui, elle sursaute au moindre bruit. »
Le préfet de l’Institut Nyakaliba, quant à lui, veut rester résilient :
« L’éducation continue, mais pas à n’importe quel prix. Nous allons prioriser le bien-être psychologique de nos élèves. Ils ont vécu l’indicible. »
À l’Institut Nyakaliba, la vie reprend, lentement mais sûrement. Les murs n’ont pas été touchés.
