Bukavu : le mobile money, pilier de survie économique face à la fermeture prolongée des banques
epuis la fermeture des banques et des institutions de microfinance à Bukavu en février 2025, l’économie locale aurait pu s’asphyxier. Il n’en a rien été. À défaut d’un système financier formel fonctionnel, la population a mobilisé des solutions alternatives, transformant le mobile money et les mécanismes communautaires de solidarité en véritables infrastructures économiques de substitution.
Dans les marchés, les supermarchés et les petits commerces, les opérateurs de mobile money occupent désormais une place centrale. Retraits d’espèces, transferts instantanés, paiements électroniques : ces services assurent aujourd’hui la fluidité des échanges dans une ville privée de banques depuis plus d’un an.
Une économie qui se réorganise sans banques
Face à la paralysie du système bancaire, commerçants et clients ont rapidement adapté leurs pratiques. Les transactions par téléphone sont devenues la norme, offrant un moyen rapide et relativement sûr d’acheter et de vendre sans recourir aux circuits financiers classiques.
Au marché de Nyawera, dans la commune d’Ibanda, Marie Buhendwa, vendeuse de farine de maïs et de haricots, explique écouler quotidiennement sa marchandise sans le moindre virement bancaire.
« Malgré la fermeture des banques depuis 2025, nous ne manquons pas de clientèle. On s’habitue à la situation. Les clients viennent toujours et l’argent circule, même si on ne sait pas toujours d’où il provient », confie-t-elle.
Un témoignage qui illustre une réalité partagée par de nombreux petits commerçants : l’économie continue, même sans institutions financières formelles.
Le retour en force de la finance communautaire
En parallèle, les structures communautaires d’épargne et de crédit ont gagné en importance. Les AVEC (Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit) et les groupes de solidarité, autrefois majoritairement féminins, s’ouvrent désormais aux hommes. Une évolution révélatrice d’une adaptation collective face à une crise prolongée.
Ces mécanismes permettent non seulement l’accès au crédit, mais aussi le maintien de la confiance et de la cohésion sociale dans un contexte économique incertain.
Dans la commune de Bagira, un jeune gestionnaire de secrétariat public témoigne de cette réorganisation informelle :
« Les petits entrepreneurs ont multiplié les réseaux de crédit informels et les transferts d’argent par des voies alternatives pour continuer à travailler et répondre aux besoins des clients. »
Résilience locale ou aveu d’échec institutionnel ?
Cette capacité d’adaptation renforce les liens communautaires et stimule une économie de proximité qui permet à Bukavu de tenir, malgré l’arrêt prolongé des institutions de microfinance. Le mobile money et la solidarité locale jouent aujourd’hui un rôle de bouclier économique et social, empêchant une rupture brutale des échanges.
Mais cette résilience pose aussi une question politique de fond : jusqu’à quand une ville peut-elle fonctionner durablement sans système bancaire formel ?
Si l’innovation financière populaire compense les manquements institutionnels, elle ne peut s’y substituer indéfiniment sans risques de dérives, d’exclusion financière et d’opacité des flux.
À Bukavu, l’économie survit. Reste à savoir si l’État et les institutions financières suivront le rythme imposé par la population.
Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », une initiative du consortium RATECO – REMEL, avec le soutien de Media4Dialogue / La Benevolencia.
