RDC : face aux menaces permanentes,Roger SADIKI appelle à la création d’une cellule nationale d’anticipation
Et si le vrai problème sécuritaire de la République démocratique du Congo n’était pas seulement l’ampleur des menaces, mais l’incapacité chronique de l’État à les anticiper ? C’est le diagnostic sans détour posé par Roger Sadiki, ancien auditeur du Collège des hautes études de stratégie et de défense (CHESD), qui appelle le président de la République à instaurer une cellule nationale d’anticipation des événements, des menaces et de la gouvernance.
S’exprimant devant la presse à Kinshasa notamment la radio Okapi, ce finaliste de la VIᵉ promotion du CHESD a plaidé pour un changement de paradigme : passer d’une gestion réactive des crises à une culture stratégique de prévention.
Anticiper plutôt que subir
Selon Roger Sadiki, cette cellule devrait être composée prioritairement d’anciens auditeurs du CHESD, formés précisément pour analyser les risques sécuritaires, politiques et géostratégiques à court, moyen et long termes.
« Les menaces sont permanentes, mais la réflexion commence toujours après leur apparition. Pourtant, nous avons le temps d’anticiper », a-t-il martelé.
Un constat qui fait écho à la situation continentale : expansion des groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest, porosité des frontières, circulation des groupes armés transnationaux, insécurité chronique dans la région des Grands Lacs. Autant de signaux faibles devenus des crises majeures, faute d’anticipation.
Une élite stratégique laissée en jachère
Le propos devient plus incisif lorsqu’il aborde la gestion du capital humain stratégique.
Pour Roger Sadiki, former une élite au CHESD sans l’intégrer dans les mécanismes décisionnels de l’État relève d’un gaspillage institutionnel.
« On ne peut pas former une élite et la laisser dans la rue. C’est une perte nette pour la République », déplore-t-il.
Selon ses estimations, sur six promotions du CHESD, moins d’une cinquantaine d’anciens auditeurs seraient effectivement utilisés par les institutions publiques. Un paradoxe criant dans un pays confronté à des défis sécuritaires multidimensionnels.
De la réaction sécuritaire à la gouvernance stratégique
L’intérêt d’une cellule d’anticipation ne se limiterait pas aux questions militaires. Roger Sadiki insiste sur une approche intégrée, liant sécurité, stabilité politique et bonne gouvernance.
Dans un État où les crises sécuritaires se nourrissent souvent de failles institutionnelles, de tensions communautaires et de déficits de gouvernance, l’anticipation devient un outil de prévention des conflits autant qu’un levier de développement.
Un message direct au chef de l’État
L’ancien auditeur du CHESD conclut par un appel clair : le président de la République gagnerait à institutionnaliser le recours à l’intelligence stratégique nationale, plutôt que de dépendre exclusivement de réponses d’urgence.
« Le chef de l’État a tout intérêt à puiser au CHESD et à solliciter ces intelligences pour l’accompagner », affirme-t-il.
Un choix politique, pas technique
Au fond, la proposition de Roger Sadiki pose une question centrale :
la RDC veut-elle continuer à subir les crises, ou se donner enfin les moyens de les prévoir, les contenir et les désamorcer ?
Dans un environnement régional instable, l’anticipation n’est pas un luxe intellectuel. C’est une exigence de souveraineté. Et refuser de mobiliser les compétences déjà formées revient, pour l’État, à s’affaiblir lui-même.
