Bukavu : les 16 jours d’activisme relancent l’exigence d’une recherche scientifique sur les violences sexuelles en milieu universitaire
La sensibilisation ne suffit plus. C’est le message central porté lors d’un atelier de formation organisé par les universités de Bukavu au Centre d’excellence de l’Université Catholique de Bukavu dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre.
La professeure Nathalie NAKABANDA y a lancé un appel clair et direct pour encourager la réalisation d’enquêtes scientifiques sur les violences sexuelles dans les universités et instituts supérieurs de Bukavu et du Sud-Kivu.
Elle souligne que la question reste largement sous-documentée alors même qu’elle influence les parcours académiques de nombreuses étudiantes et de nombreux étudiants.
Selon elle, il est indispensable de produire des données fiables, de mener de vraies investigations et de dégager des études de cas capables de proposer des stratégies, des méthodes et des mécanismes adaptés aux réalités universitaires.
La professeure insiste sur la nécessité de sortir d’une approche approximative pour entrer dans une dynamique scientifique qui permettrait à la fois de prévenir, de comprendre et de sanctionner.
Dans les établissements d’enseignement supérieur de la ville, les préoccupations liées aux abus d’autorité, aux pressions diverses et aux violences numériques reviennent fréquemment dans les discussions informelles.
Ces expériences restent néanmoins dispersées et rarement compilées dans des rapports structurés, ce qui rend difficile toute action institutionnelle durable. Pour les participantes à l’atelier, cette absence de données crée un angle mort qui doit être comblé en urgence.
La professeure Nathalie explique qu’elle a la nette impression que « les campagnes de sensibilisation régulières, bien que nécessaires, ne suffisent plus à elles seules. » Au fur et à mesure que la sensibilisation progresse, davantage de cas émergent, mais sans cadre scientifique, les efforts manquent de profondeur.
Elle insiste sur le triptyque indispensable qui consiste à dénoncer, enquêter et sanctionner lorsque les faits sont établis. Selon elle, l’analyse des motivations et des dynamiques qui conduisent à ces violences doit occuper une place centrale dans l’étude à mener.
Les participants ont également évoqué l’influence de facteurs économiques et académiques qui peuvent accentuer la vulnérabilité des étudiant.es. Cette réalité renforce la nécessité d’une recherche indépendante capable de documenter la situation de manière neutre et solide, afin d’orienter les politiques universitaires sur des bases factuelles.
Au cours de l’atelier, plusieurs pistes de réflexion ont émergé pour faire évoluer la situation, notamment la mise en place d’enquêtes scientifiques dans plusieurs établissements de Bukavu, l’analyse approfondie des formes de violence numérique et la formulation de recommandations pratiques destinées à renforcer les mécanismes institutionnels de prévention, de signalement et d’accompagnement.
L’objectif est d’aller au-delà de la sensibilisation pour initier une véritable transformation des environnements universitaires. Cela nécessite l’élaboration de procédures claires, la formation continue du personnel, la transparence dans la prise en charge et la création de cellules d’écoute efficaces et accessibles.
L’édition 2025 des 16 jours d’activisme met l’accent sur la lutte contre la violence numérique faite aux femmes et aux filles, sous le thème S’unir pour mettre fin aux violences numériques contre toutes les femmes et les filles. Les échanges ont mis en lumière les multiples risques liés aux réseaux sociaux, à la violation de la vie privée en ligne et aux campagnes d’intimidation numérique qui touchent particulièrement les étudiantes. La formation donnée aux enseignant.es a permis d’explorer ces menaces ainsi que les stratégies de protection numérique.
À la fin de la session, les participantes et les participants ont appelé les autorités universitaires, les bailleurs et les organisations de défense des droits à soutenir activement la réalisation d’une première étude pilote. Plusieurs intervenants ont également plaidé pour l’instauration de protocoles transparents, de mécanismes de suivi et de dispositifs confidentiels où les victimes peuvent parler et être accompagnées en toute sécurité.
Pour la professeure Nathalie, la démarche est essentielle. Sans données concrètes, on ne fait que décrire le problème. Avec des données vérifiées, on peut enfin commencer à le résoudre.
