Bukavu sans banques depuis 10 mois : quand l’économie survit malgré le système financier

Bukavu sans banques depuis 10 mois : quand l’économie survit malgré le système financier
Les banques restent fermer 10 mois aprés

Depuis février 2025, Bukavu vit une situation économique inédite : l’arrêt total des activités bancaires. En toile de fond, la guerre opposant l’AFC/M23 au gouvernement central et la décision de Kinshasa de suspendre le fonctionnement des banques dans les zones échappant à son contrôle. Plus de dix mois plus tard, une ville de plus d’un million d’habitants continue pourtant de fonctionner sans son système bancaire formel.

Un choc. Mais aussi un révélateur.
Contrairement aux scénarios catastrophes annoncés, la vie économique ne s’est pas effondrée. Les marchés restent actifs, les loyers se négocient, les marchandises circulent, les paiements s’effectuent autrement.

Le cash, le mobile money, les tontines et les réseaux informels ont comblé le vide. Une économie d’adaptation s’est imposée, pragmatique, rapide, souvent plus accessible.

Cette résilience pose une question dérangeante : si l’économie locale tient sans banques, quel rôle jouaient-elles réellement avant leur fermeture ?
Pour beaucoup d’habitants, la rupture n’a fait que confirmer une marginalisation ancienne.

Bien avant la guerre, les griefs s’accumulaient : retraits coûteux, pannes de connexion répétées, files d’attente interminables, accueil peu respectueux, éloignement des agences. Accéder à son propre argent relevait parfois du parcours d’obstacles. Le temps perdu devenait un coût économique invisible, surtout pour les petits commerçants et les travailleurs journaliers.

Mais la critique la plus profonde concerne le crédit. À Bukavu, l’accès au financement bancaire est resté l’apanage d’une minorité : grandes entreprises, opérateurs bien introduits, clients déjà solvables. Les PME locales, les jeunes entrepreneurs, les femmes commerçantes et l’économie informelle pourtant moteur réel de la ville sont restés à la porte. La banque a privilégié la sécurité de ses bilans plutôt que la prise de risque productive.

La fermeture imposée par le contexte sécuritaire a néanmoins eu des effets sociaux lourds. Fonctionnaires(surtout des enseignants) dépendant des virements, ONG locales, entreprises formelles, familles recevant des fonds de l’extérieur : tous ont payé le prix d’une décision politique prise à distance du terrain. Mais cette crise a aussi mis à nu une vérité longtemps maquillée, l’inclusion financière relevait davantage du discours que de la pratique.

Dix mois sans banques ont ainsi transformé une faiblesse structurelle en débat public. Les alternatives informelles, longtemps tolérées, sont devenues centrales. Plus rapides, plus proches, parfois plus humaines, elles interrogent la pertinence du modèle bancaire tel qu’il existait à Bukavu.

La question n’est donc plus de savoir quand les banques rouvriront, mais comment. Revenir au statu quo serait une erreur stratégique. Cette parenthèse forcée impose un changement de logiciel : proximité réelle, digitalisation fiable, coûts transparents, crédits adaptés aux réalités locales et respect du client ordinaire.

À Bukavu, la guerre a fermé les banques.
Mais elle a surtout ouvert un débat fondamental : une banque absente du développement local peut-elle encore prétendre être utile à l’économie qu’elle prétend servir ?
Et ce débat, lui, ne se refermera pas.

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