Idjwi : quand l’énergie verte promise plonge les communautés dans le noir
Sur l’île d’Idjwi, au cœur du Sud-Kivu, le projet de centrale photovoltaïque et hydroélectrique porté par l’ONG AVSI, avec l’appui du ministère italien de l’Énergie, devait incarner une rupture : sortir les communautés de Kashara et Kimomo de la dépendance aux moulins thermiques polluants et ouvrir la voie à un développement durable, inclusif et porteur d’emplois.
Annoncée avec une capacité de 120 kW, l’initiative avait nourri un espoir rare : celui d’une énergie propre, accessible et structurante pour l’économie locale.
Quelques mois plus tard, la promesse s’est évaporée. Les installations sont à l’arrêt, l’électricité n’est jamais réellement arrivée dans les ménages et l’enthousiasme initial a laissé place à une désillusion collective.
Une centrale à l’abandon, symbole d’une transition inachevée
Sur le terrain, le constat est sans appel. Les panneaux solaires, insuffisamment protégés, sont exposés aux feux de brousse. Les batteries présentent des défaillances, des câbles ont été volés, et les équipements électriques se détériorent sous l’effet du temps et des intempéries. La partie hydroélectrique, fragilisée par les pluies, montre déjà des signes de dégradation avancée.
À cela s’ajoute une absence criante de maintenance et de suivi technique. Aucune équipe locale n’a été suffisamment formée pour assurer la gestion quotidienne du site. La coordination du projet, assurée à distance, a accentué le sentiment d’abandon ressenti par les bénéficiaires.
Pour de nombreuses familles, les conséquences sont lourdes. Convaincues de l’arrivée imminente de l’électricité, elles avaient investi dans des appareils électroménagers ou des outils de production. Aujourd’hui, contraintes de les revendre à perte, elles voient leur vulnérabilité économique s’aggraver, alimentant colère, incompréhension et perte de confiance.
Justice climatique ou promesse à géométrie variable ?
Le paradoxe est saisissant. Dans d’autres zones du Sud-Kivu, des projets similaires menés par AVSI fonctionnent et produisent des résultats encourageants. Pourquoi alors Kashara et Kimomo restent-elles dans l’obscurité, malgré les investissements consentis et la contribution des communautés locales ?
À Idjwi, la transition énergétique n’est pas un luxe idéologique : elle est une question de justice sociale et climatique. Sans énergie fiable, il n’y a ni transformation agricole, ni conservation des produits, ni services de base performants. L’électricité est un levier de dignité, pas un gadget de communication.
À l’approche de 2026, les communautés de la chefferie Ntambuka lancent un appel clair et urgent : relancer le projet, sécuriser les installations, former des gestionnaires locaux et rendre des comptes. Elles ne demandent pas la charité, mais le respect des engagements pris et la concrétisation d’une promesse censée changer leur quotidien.
À travers ce plaidoyer, Voix du Paysan rappelle une évidence trop souvent oubliée : le développement durable ne se mesure pas aux annonces, mais à l’électricité qui s’allume réellement dans les foyers.
Par Albert Cinyabuguma
