Kalehe : Des milliers de bénéficiaires soulagés par un projet santé gratuit du CICR dans trois zones en proie au conflit
Dans une région encore marquée par les séquelles des conflits armés et les déplacements massifs de population, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) apporte une bouffée d’oxygène à des milliers de familles le 9 juin à Kalehe. L’organisation humanitaire a lancé un projet d’urgence de trois mois dans quatre structures sanitaires des zones de santé de Kalehe et Minova : les centres de santé de Bushushu, Nyabibwe et Numbi, ainsi que le centre hospitalier de Nyabibwe.
Le projet garantit une prise en charge médicale gratuite pour les enfants de 0 à 15 ans, qu’ils soient déplacés, retournés ou résidents, ainsi que pour les victimes de violences sexuelles, femmes enceintes, blessés par arme, enfants non accompagnés et personnes indigentes.
« Ma fille avait de la fièvre depuis deux jours. Je n’avais pas un sou pour l’amener au centre. Grâce au CICR, elle a reçu des soins gratuits à Nyabibwe. Je ne sais pas comment j’aurais fait autrement », confie Chanceline Kito, mère de trois enfants.
Plus de 70 000 personnes devraient bénéficier de cette initiative humanitaire, dans une région où l’accès aux soins était devenu un luxe pour la majorité.
Dans des zones de santé affaiblies par les conflits et le manque de ressources, cet appui du CICR arrive comme une réponse attendue de longue date.
« Notre centre de santé avait été pillé. Depuis, on manquait de médicaments et de motivation. Ce soutien nous redonne de l’espoir », explique Honoré Lemera, infirmier titulaire du Centre de santé de Bushushu.
Les structures reçoivent chaque mois des dons de médicaments essentiels, ainsi qu’un soutien logistique et financier pour le personnel soignant.
Le conflit armé ayant déplacé des milliers de familles, les besoins en santé sont devenus critiques. Le projet répond à une urgence humanitaire concrète, là où l’État peine à intervenir.
« Les soins coûtent cher et les gens n’ont plus rien. Ce projet est une bénédiction pour nos enfants », déclare Yvonne Faida, habitante de Bushushu, tenant dans ses bras son petit-fils traité pour une infection respiratoire.
Pour le CICR, il ne s’agit pas seulement d’un appui ponctuel, mais d’une stratégie de résilience sanitaire en contexte de crise.
« Nous voulons que les populations accèdent à des soins de qualité même dans les zones les plus affectées par le conflit. Ce projet vise à renforcer les capacités locales tout en répondant à l’urgence », précise Patrick Makengo, officier santé du CICR.
Les soignants, acteurs clés du changement
« Depuis que le projet a commencé, nous avons vu le nombre de consultations doubler. Les mères viennent plus tôt avec leurs enfants, et nous avons des médicaments pour les traiter », rapporte Jean Muhindo, infirmier en chef au centre de santé de Numbi.
Audace Ngarukiye, infirmier à Nyabibwe, ajoute : « C’est la première fois depuis longtemps que nous pouvons faire notre travail avec dignité et efficacité.
Alors que les structures sanitaires rurales du Sud-Kivu souffrent d’un abandon prolongé, cette intervention du CICR rappelle que l’accès aux soins de santé est un droit, même en temps de conflit.
Les bénéficiaires, qu’ils soient déplacés ou riverains, espèrent désormais que ce projet sera prolongé ou reproduit dans d’autres localités oubliées.
« On ne demande pas la charité. On veut juste vivre, soigner nos enfants, et espérer un avenir meilleur », conclut Chanceline Kito, les yeux pleins d’espoir.
