Bukavu : Les étudiants s’emparent du débat sur les déchets post-incendie et proposent des solutions audacieuse
Des étudiants lors du débats dans les enceintes du centre Saint’egidio de Bukavu. ©photos des étudiants formés
Face à la recrudescence des incendies dans les quartiers populaires de la ville, six jeunes étudiants issus de diverses universités de Bukavu se sont réunis au Centre Saint Egidio ce mardi 10 juin 2025 pour débattre d’un sujet souvent négligé mais pourtant crucial : que faire des déchets laissés par les flammes ? Et surtout, est-il possible de les valoriser sans heurter la mémoire des victimes ?
Ce débat citoyen a été organisé par BKINFOS asbl, en collaboration avec SEED et CLIMATE CLOCK, dans le cadre d’une formation en journalisme éco-citoyen réunissant 26 étudiants. Modéré par Gercas Yemba et Ashuza Armande, tous deux étudiants à l’UCB, l’échange a permis d’explorer les dimensions écologique, économique et humaine de la gestion des déchets post-incendie.
Dès les premières interventions, un constat s’impose : les débris laissés par les incendies — tôles calcinées, plastiques fondus, gravats — s’entassent souvent dans les parcelles, faute de politique de gestion structurée.
« Certains métaux sont récupérés par des jeunes pour être revendus, mais la majorité des déchets reste inutilisée car difficile à recycler », déplore Marie Claire Cizungu.
« Il y a un vide criant dans l’organisation de leur traitement. Personne ne sait vraiment quoi en faire », renchérit Sami Bahati Valide.
Si certains entrevoient un potentiel économique dans la revalorisation de ces déchets, tous reconnaissent la nécessité d’agir avec tact et respect.
« Parler de revenus dans un moment de perte peut choquer. Mais avec une organisation claire, certains matériaux pourraient être valorisés, dans le respect des victimes », affirme Sami Bahati Valide.
Yvette Mukanisa nuance : « Certains sinistrés construisent des abris improvisés avec ces restes, appelés manjanja. Mais d’autres les revendent sans avoir eux-mêmes été victimes, ce qui pose des questions éthiques.
Les jeunes participants ont proposé des pistes innovantes, mêlant pragmatisme et humanité.
« Il faut une brigade spécialisée post-incendie, inspirée des modèles humanitaires, pour intervenir, sécuriser et nettoyer rapidement les lieux sinistrés », suggère Elie Kalunga.
Yvette Mukanisa appelle à une approche en trois phases prévention par le choix de matériaux moins inflammables,intervention par la formation des équipes de secours,réhabilitation par une évaluation rigoureuse des pertes.
Jérémie Karagi insiste sur l’anticipation « Il faut une brigade anti-incendie à l’échelle des quartiers et une meilleure prise en charge des familles touchées. »
Les étudiants n’ont pas hésité à se projeter comme décideurs locaux pour imaginer une ville plus sûre. L’etudiant David Cizungu plaide pour une urbanisation plus réfléchie, accompagnée de vastes campagnes de sensibilisation de son côté Lwigulira Bonane Aristote encourage l’abandon du bois dans la construction au profit de matériaux plus résistants au feu, comme les briques tandis que Sami Bahati Valide appelle à l’équipement des ménages en extincteurs « C’est la première barrière contre la propagation des flammes. »
Ce débat a mis en lumière une jeunesse engagée, lucide et force de proposition. Au-delà de l’émotion, les participants ont formulé des recommandations concrètes et demandent une implication réelle des autorités. « Une ville qui brûle sans tirer les leçons de ses cendres risque de s’éteindre à petit feu », a résumé un participant.
Bukavu doit repenser sa gestion des risques, valoriser ses déchets post-catastrophe et construire une résilience locale avec sa jeunesse comme alliée.

