SAUTI ZETU 3 : À Bukavu, la dignité sur deux roues, voici le quotidien de Mwendanga Ciregereza (68 ans), charretier depuis 25 ans
Chaque matin, Mwendanga Ciregereza quitte sa maison en planches à Brasserie, dans la commune de Bagira, pour rejoindre l’avenue Industrielle dans la commune de kadutu en plein ville de Bukavu chaque matin. Sa fidèle compagne de route : une charrette à bras. Depuis 25 ans, ce chrétien, père de famille, tire sa subsistance de ce métier qu’il exerce avec fierté.
« Ce travail m’a permis d’acheter un champ et de construire une maison. Je vis heureux », confie-t-il.
Mais les temps ont changé. Autrefois, il pouvait gagner jusqu’à 20 dollars par jour. Aujourd’hui, il peine à rassembler 10 000 francs congolais, soit environ 3 dollars. Il attribue cette baisse de revenus à la concurrence des véhicules de transport de marchandises.
« Je suis trop vieux pour changer de métier. Cette charrette, je ne peux pas la vendre. Peut-être que mes enfants le feront. Moi, je préfère qu’ils la louent », explique-t-il avec réalisme.
Les défis sont multiples : la fatigue physique, les risques d’arrestation en cas d’accident, et l’insécurité persistante à cause des conflits armés.
« Si un client me confie une charge trop lourde, je fais appel à d’autres charretiers pour m’aider, et je les paie. Mais quand ça tire, je peux abandonner ma charrette là où je suis. Personne ne viendra la voler : ce n’est pas un véhicule », dit-il en souriant.
Conscient que ses forces diminuent, Mwendanga mise désormais sur ses champs, achetés grâce à son métier, pour assurer sa survie.
« J’ai fait ma vie avec cette charrette. Je n’envie personne. »
Son témoignage incarne la résilience silencieuse de ces travailleurs de l’ombre qui font bouger la ville.
Cet article a été réalisé dans le cadre de SAUTI ZETU (Voix des gagne-petit), un micro-programme de www.bkinfos.net/news.

