Sud-Kivu : des personnes en situation de handicap fuient les combats et trouvent refuge au centre psychiatrique Heri Kwetu
À Bukavu, le centre psychiatrique Heri Kwetu est devenu, malgré lui, un refuge pour des personnes en situation de handicap fuyant les violences armées qui secouent plusieurs localités du Sud-Kivu. Ces dernières semaines, l’établissement voit affluer des déplacés vulnérables, souvent livrés à eux-mêmes au moment des affrontements.
Parmi eux, Mademoiselle Mwanvua Bushi, une jeune femme vivant avec un handicap, originaire de Nyangezi dans le territoire de Walungu.
Ses proches l’auraient abandonnée dans la maison familiale lorsque des affrontements opposant le M23 et les groupes d’autodéfense Wazalendo ont éclaté.
« Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me suis retrouvée seule, sans aide. Des voisins m’ont finalement conduite jusqu’ici », confie-t-elle d’une voix faible.
Non loin d’elle, M. Mirindi Nyamuha, 70 ans, originaire de Bushwira à Kabare, raconte une fuite sous haute tension :
« On nous interdisait de sortir à cause des bombes. Moi, j’ai dit que je devais aller aux soins. Ma famille a fui depuis hier, je ne sais même pas où ils sont », explique-t-il, encore marqué par la confusion des heures précédentes.
Un autre déplacé, un septuagénaire amputé, témoigne lui aussi de la brutalité du conflit.
« J’étais dans mon champ, le 25 juin, quand les tirs ont commencé. Je me suis couché au sol et c’est là qu’une balle m’a touché à la jambe gauche », raconte-t-il.
Transporté à l’hôpital général de référence de Bukavu, il a dû être amputé. Aujourd’hui, il attend une prothèse fournie par le CICR, qui assure sa prise en charge médicale. Malgré sa blessure et l’incertitude, il dit vouloir retourner chez lui :
« Je ne sais plus si je pourrai retravailler, mais c’est mon foyer. Même si ça continue de tirer, je veux y retourner. »
Ces récits mettent en lumière une réalité souvent invisible : les personnes handicapées font partie des premières victimes des mouvements de populations, car elles ne peuvent ni courir, ni se cacher, ni parcourir de longues distances sans assistance.
À Heri Kwetu, les équipes font de leur mieux pour accueillir ces nouveaux arrivants, mais les besoins augmentent plus vite que les capacités. Faute d’une réponse humanitaire structurée, le centre risque d’être débordé dans les jours à venir.
