Sud-Kivu : Entre 2001 et 2024 a perdu trente-deux mille hectares de forêt,et une forte baisse de sa faune
Un café scientifique révèle des données critiques sur l’impact des crises dans l’Est du Congo sur la forêt et la faune du Parc National de Kahuzi-Biega
Pour marquer ses 55 ans, le Parc National de Kahuzi-Biega a réuni le 28 novembre 2025 à Bukavu près de soixante-dix chercheurs, étudiants, experts et partenaires autour d’un café scientifique. Les échanges ont mis en lumière une réalité dérangeante. Trois décennies de crises successives ont profondément altéré la forêt et la biodiversité de ce site inscrit au patrimoine mondial.
Les données présentées par le Dr Jean-Claude Maki, du Centre de Recherche en Sciences Naturelles de Lwiro, établissent une tendance inquiétante. Entre 2001 et 2024, le Parc a perdu trente-deux mille hectares de forêt, ce qui représente cinq pour cent de la couverture forestière disponible en l’an 2000 selon les analyses de la plateforme Global Forest Watch. Cette déforestation se concentre principalement autour des zones agricoles où la demande en bois-énergie est en constante augmentation. L’exploitation artisanale joue également un rôle significatif dans cette dégradation.
Le Dr Isaac Ahanamungu Makelele, Coordonnateur du Centre de Recherche en Ecologie et Gestion des Ecosystèmes Terrestres, a montré que les conflits prolongés fragilisent profondément la flore du Parc. Le manque de protection institutionnelle, l’arrivée de populations déplacées et le contrôle de plusieurs zones par des groupes armés favorisent l’exploitation excessive du bois et de certains minerais, tout en facilitant l’installation d’espèces invasives. Cette dynamique réduit la présence d’espèces végétales rares et modifie la composition globale des écosystèmes.

La faune accuse elle aussi un déclin sévère. Le professeur Bertin Murhabale, biologiste et ornithologue à l’Université Officielle de Bukavu, a rappelé que le PNKB figure parmi les sites les plus riches du pays en mammifères et en oiseaux. Les conflits successifs ont pourtant provoqué une chute dramatique des populations animales. Les gorilles de Grauer ont perdu la moitié de leur population entre 1996 et 2000. Les chimpanzés enregistrent une régression de vingt-deux pour cent entre 1994 et la période 2011 à 2015. Les éléphants ont totalement disparu de la haute altitude du Parc sous l’effet combiné du braconnage et de l’insécurité. Les inventaires récents confirment en outre une présence massive d’activités illégales, parmi lesquelles la chasse, l’installation de villages et l’exploitation minière à l’intérieur du Parc. Une relation directe se dessine entre l’augmentation des activités humaines et la disparition progressive de la faune.

Au terme des échanges, un consensus clair s’est dégagé. Les participants appellent à un engagement conjoint entre l’État, les partenaires et les communautés locales afin de restaurer les forêts dégradées, de renforcer la sécurité dans les zones sensibles et de protéger la biodiversité unique du Parc National de Kahuzi-Biega. À cinquante-cinq ans, ce géant écologique lance un rappel sévère. Sans une action rapide et concertée, son patrimoine naturel risque de franchir un seuil irréversible.
