COP30 – Belém : un fonds mondial de 125 milliards de dollars pour protéger les forêts tropicales, entre incitations financières et exigences de justice climatique
À la COP30 de Belém, l’un des dispositifs les plus ambitieux consacrés à la protection des forêts tropicales retient l’attention des délégations et des investisseurs.
Il s’agit du Tropical Forest Forever Facility, un mécanisme financier de cent vingt-cinq milliards de dollars pensé pour récompenser les pays forestiers qui protègent effectivement leurs écosystèmes tout en pénalisant ceux qui continuent à perdre du couvert forestier.
Le modèle repose sur une architecture mêlant capitaux publics et investissements privés. Vingt pour cent des ressources proviendraient des États et des institutions multilatérales, tandis que quatre-vingts pour cent seraient mobilisés auprès du secteur privé. L’ambition affichée est de créer un flux financier massif et durable capable de transformer la conservation des forêts en véritable moteur économique.
Au cœur du dispositif, un principe simple s’impose. Les pays tropicaux recevraient jusqu’à quatre dollars pour chaque hectare de forêt conservé. Le fonds prévoit que les profits générés soient redistribués aux États démontrant une protection réelle et mesurable. L’objectif est de faire de la forêt un actif reconnu à l’échelle mondiale et non un espace en attente d’exploitation agricole ou minière.
Le mécanisme comporte également un volet de dissuasion très marqué. Toute perte de couvert forestier entraînerait des pénalités comprises entre quatre cents et huit cents dollars par hectare détruit. Ce niveau de sanction, encore jamais proposé dans un dispositif international, pourrait modifier profondément les arbitrages économiques de plusieurs pays forestiers.
Plusieurs voix soulignent toutefois la nécessité d’intégrer une dimension essentielle à la gouvernance du fonds. Le TFFF doit comporter une protection explicite des droits des peuples autochtones et des communautés locales vivant dans les zones forestières. Des discussions sont en cours pour inclure dans la Charte du mécanisme des garanties liées au consentement libre et éclairé, à la protection des terres coutumières et au partage équitable des bénéfices.
Pour les États du bassin du Congo, pour les pays amazoniens et pour les régions forestières d’Asie du Sud-Est, cette proposition représente à la fois une opportunité majeure et un défi considérable. Elle offre la possibilité de valoriser économiquement la conservation, mais exige des résultats tangibles et un suivi rigoureux, année après année. Elle pose aussi la question de la transparence, de la mesure du couvert forestier et de la cohérence avec les politiques nationales de développement.
À Belém, un débat central traverse les négociations. Peut-on enfin construire un système international où la préservation des forêts rapporte davantage que leur destruction. Le TFFF pourrait devenir le plus grand mécanisme financier jamais conçu pour soutenir les forêts tropicales et un pilier central de l’architecture climatique mondiale pour l’après 2030.
