Crise économique à Bukavu : les femmes du marché au bord du souffle
Dans les ruelles poussiéreuses du marché de Nyawera, les pas résonnent dans un silence inhabituel. Les étals autrefois débordants de produits se vident peu à peu, les commerçantes s’assoient, fatiguées, les regards perdus. Bukavu traverse une tempête économique silencieuse, brutale, et les premières touchées sont ces femmes qui, depuis toujours, tiennent à bout de bras l’économie informelle de la ville.
Quand le quotidien devient incertain
Maman Julie, couturière à Kadutu depuis 2008, n’a jamais connu une pareille sécheresse. Ses tissus restent intacts, ses machines immobiles.
« Les gens ont faim, ils n’ont plus d’argent, même pour raccommoder une robe. Alors, on attend. »
De l’autre côté du marché, Maman Adel Sifa regarde ses poissons s’abîmer lentement.
« Je vends à crédit, mais eux-mêmes n’ont rien. Même la monnaie se fait rare. » Pour elle, le commerce est devenu une prière, un acte de résistance dans l’incertitude.
Un système fragile qui vacille
Selon Riziki Cibalonza, économiste indépendant à Bukavu, ce qu’on vit aujourd’hui est le résultat d’un système longtemps négligé :
« L’économie de la ville repose sur l’informel, sans filet de sécurité. Dès qu’un choc arrive, comme la guerre ou l’inflation, tout s’écroule. »
Le franc congolais s’effondre, les prix grimpent, les clients disparaissent. Et avec eux, la dignité et la stabilité de milliers de familles.
La dette comme mode de survie
À Bagira, Kadutu, et même au centre-ville, les dettes se multiplient. Jean-Claude, enseignant de métier, ne compte plus les crédits :
« On vit à crédit. Pain, transport, savon. Mais à force, plus personne ne veut faire confiance. »
Les mécanismes traditionnels de solidarité, fondés sur la confiance mutuelle, s’usent. Les vendeuses ferment boutique. Les boutiquiers coupent le crédit. Le cercle devient vicieux.
Et le silence des décideurs…
Alors que la ville suffoque, les réponses politiques tardent. Aucun plan d’urgence, aucune mesure ciblée pour soutenir les petits commerçants, aucune voix forte pour rassurer.
Pour Riziki, il est temps d’agir :
« Il faut protéger ce qui reste : soutenir les femmes commerçantes, relancer la production locale, repenser l’économie de proximité. Sinon, nous allons vers une implosion sociale. »
À cette force invisible des femmes du marché, qui malgré tout, continuent d’ouvrir chaque matin.
