Bukavu : l’amarante, ce légume du quotidien qui aide les familles à tenir face à la crise
Il est à peine 7 heures au marché de Kadutu. Assise derrière son étal, Amina aligne soigneusement des bottes d’amarante encore humides de rosée. « C’est ça qui fait vivre ma maison », glisse-t-elle, sans détour. Comme elle, des dizaines de femmes misent chaque jour sur ce légume-feuille, discret mais indispensable dans les cuisines de Bukavu.
Dans un contexte où les prix des denrées ne cessent d’augmenter et où les revenus restent incertains, l’amarante ou lengalenga est devenue une valeur sûre. Peu chère, disponible presque toute l’année, elle permet à de nombreux ménages de continuer à manger à leur faim.
« Quand je n’ai pas assez d’argent pour la viande, je prends l’amarante. Les enfants mangent quand même », raconte Chantal, mère de quatre enfants rencontrée à Nyawera.
Derrière cette simplicité se cache une réalité plus large. Cultivée dans les zones de Kabare et Kalehe, l’amarante pousse rapidement et s’adapte facilement aux conditions locales. Même lorsque les pluies sont irrégulières ou que d’autres cultures échouent, elle continue de produire.
Pour les producteurs, c’est un avantage décisif.
« On peut récolter plusieurs fois en peu de temps. Ça nous aide à avoir un peu d’argent chaque semaine », explique un cultivateur de Kabare.
Mais tout se joue aussi en ville. À Bukavu, l’amarante ne se conserve pas longtemps. Il faut la vendre vite, souvent le jour même. Cette contrainte crée une activité quotidienne dans les marchés, où vendeuses et acheteurs se croisent sans relâche.
« Si je ne vends pas aujourd’hui, je perds tout », confie Amina. Une pression constante, mais aussi une source de revenus réguliers, même modestes.
Sur le plan nutritionnel, ce légume occupe également une place importante. Riche en éléments essentiels, il permet de compléter les repas dans des foyers où l’accès à une alimentation variée reste limité.
Pourtant, malgré son rôle central dans la vie des habitants, l’amarante reste largement absente des grandes décisions agricoles. Peu soutenue, peu valorisée, elle continue d’exister grâce aux efforts silencieux de ceux qui la cultivent et la vendent.
À Bukavu, ce légume ordinaire raconte une histoire bien plus grande : celle d’une ville qui s’adapte, qui résiste, et qui trouve, dans ses ressources locales, des réponses concrètes aux défis du quotidien.
Car ici, l’amarante n’est pas seulement un accompagnement. Elle est, pour beaucoup, une question de survie.
