Mpox au Sud-Kivu : Entretien exclusif avec le Docteur Serge Munyahu Cikuru, médecin chef de zone de santé Miti Murhesa, à Kabare
Question 1 : Docteur, pouvez-vous nous parler de la zone de santé Miti Murhesa ?
La zone de santé de Miti Murhesa a notifié un nombre important de cas de MPOX, ou variole du singe, depuis la semaine épidémiologique 20 de l’année 2024. Nous avons terminé l’année avec plus de 4700 cas notifiés, avec des cas confirmés positifs. Nous continuons à notifier les cas, et à la semaine 10, nous avons envoyé des échantillons au laboratoire en attendant les résultats pour confirmer les cas suspects.
Question 2 : Comment la crise actuelle a-t-elle affecté la réponse à la MPOX ici ?
La situation a été très difficile. L’insécurité a tout perturbé. Au centre de Kavumu, plus de 65 malades ont dû choisir entre rester sous les balles ou fuir. Ces cas ont quitté le périmètre de Miti Murhesa, ce qui est une conséquence directe de la guerre. De même, au camp militaire de Nyamunyunyi, plus de 25 militaires malades ont fui, et nous ignorons où ils se trouvent. Des patients ont également quitté les centres de santé de Lwiro et de Miti Murhesa sans que nous connaissions leur destination. La situation actuelle a entraîné le départ de malades non guéris, et nous comprenons les raisons de leur fuite.
Question 3 : Quelle est la situation actuelle par rapport à la réponse à la MPOX ?
Actuellement, les malades continuent d’arriver et de suivre les soins. Sur les quatre centres de notre entité, seuls deux fonctionnent : Lwiro et le centre hospitalier de Miti Murhesa, en raison de la situation actuelle. Nous faisons face à une insuffisance de médicaments liée à cette situation, et les médecins et infirmiers sont affectés psychologiquement par la guerre. Malgré cela, nous continuons nos efforts.
Bien que la situation ne soit pas idéale en raison du manque de médicaments, nous comprenons les raisons de ces pénuries. Il y a également un problème de psychose chez les prestataires de soins, infirmiers et médecins, liée à l’insécurité. Nous continuons la sensibilisation et le dialogue avec différentes approches. Notre crainte est une augmentation des cas en raison de la situation actuelle, compte tenu du nombre de malades et des ressources limitées fournies par AIDES via l’UNICEF.
Question 4 : Les malades arrivent-ils toujours comme avant ?
La tendance était bonne, la courbe épidémiologique était descendante. Cependant, avec les malades retournant dans les communautés, la courbe est redevenue ascendante. Les efforts continuent d’être déployés, mais la quantité de médicaments que nous recevons est insuffisante par rapport au nombre de patients. Depuis le début de cette crise, les médicaments arrivent au compte-gouttes à cause de la guerre avec le M23. Auparavant, la disponibilité des médicaments était assurée, la réponse aux besoins des malades était adéquate, et l’alimentation des patients était assurée dans nos quatre centres de traitement.
Nous avons travaillé avec des piliers tels que le listage des contacts, le suivi des contacts directs et la riposte vaccinale, qui nous ont beaucoup aidés. La prise en charge des malades dans les centres de traitement continue, mais la pénurie de médicaments est un souci majeur.
Question 5 : Qui vous approvisionne en médicaments ?
C’est l’UNICEF, via son partenaire de mise en œuvre AIDES, que nous remercions.
Question 6 : La réponse a-t-elle été adéquate pour les malades ?
Au début, il y a eu des difficultés, mais par la suite, la dynamique a été bien menée, avec une disponibilité correcte des médicaments, une motivation du personnel, un appui nutritionnel aux malades et une hospitalisation acceptable dans nos quatre centres de santé.
Question 7 : Avez-vous encore suffisamment de médecins ?
La psychose liée à la guerre et à l’insécurité est un problème majeur, mais le personnel de première ligne, infirmiers et médecins, est présent et continue de prendre en charge les malades, malgré les risques.
Question 8 : Votre centre a-t-il reçu des menaces ?
Oui, des personnes ont semé l’insécurité dans les centres de Miti, Murhesa et Kavumu, ce qui a entraîné la fuite de certains malades et de médecins qui se sentaient menacés. La situation a été perturbée par des individus non identifiés.
Question 9 : Le danger continue-t-il ?
Oui, le danger persiste en raison de la MPOX.
