Sud-Kivu : la crise sécuritaire renforce l’alcoolisme chez les jeunes
Des jeunes entrain de se partager de la boisson traditionnelle KASIKSI à la foire culturelle du Bushi à kavumu/KABARE ©Photo Janvier BARHAHIGA
La province du Sud-Kivu fait face à une montée inquiétante de la consommation de boissons fortement alcoolisées parmi les jeunes. Cette tendance est exacerbée par la crise humanitaire et sécuritaire provoquée par l’occupation de plusieurs localités par l’AFC-M23.
La rareté des produits de la Bralima et la flambée des prix de la bière traditionnelle, notamment la Primus, dont le prix est passé de 4 000 FC à 9 000 FC, ont poussé de nombreux jeunes à se tourner vers des alternatives artisanales comme le Sapilo, Buka Mbeto, Kaleoleo ou encore le Vin Chargeur, accessibles entre 1 000 et 2 000 FC. Les quartiers populaires de Bukavu sont particulièrement touchés par ce phénomène.
Cette consommation accrue d’alcool bon marché a des répercussions alarmantes sur la santé physique et mentale des jeunes. Safari Bumba Prince, psychologue et clinicien à l’organisation Action Chrétienne pour l’Aide et le Développement (ACAD), met en garde :
« Les jeunes s’exposent à de graves maladies mentales. Ces boissons artisanales provoquent des troubles de l’équilibre, des complications sévères, des troubles cognitifs et comportementaux, ainsi que des états de confusion. Certains finissent par perdre leur emploi, tomber gravement malades, voire décéder. »
Il exhorte les autorités à prendre des mesures strictes pour interdire ces boissons dangereuses et insiste sur la nécessité de campagnes de sensibilisation adaptées :
« Il est crucial d’intensifier la sensibilisation en montrant aux jeunes les effets néfastes de ces alcools. Il faut leur faire prendre conscience des dangers qu’ils courent et leur proposer des alternatives positives. »
Dans la localité de Kamanyola, en territoire de Walungu, la situation est critique. Un encadreur du lycée de Kamanyola explique que l’arrêt des activités économiques alimente l’alcoolisme :
« L’alcool n’est pas une solution au chômage. Les jeunes devraient être encouragés à se tourner vers des activités constructives comme le sport, la lecture ou d’autres loisirs enrichissants. Malheureusement, beaucoup passent leurs journées dans les débits de boissons, cherchant à fuir leur stress. »
La même réalité se retrouve à Kabare, au nord de Bukavu. Pascal Marhegane, chargé des communications médias et jeunes au Conseil territorial de la jeunesse de Kabare, souligne l’impact socio-économique de ce fléau :
« Ces jeunes ne produisent plus rien. Leurs familles ne sont plus prises en charge, certains enfants abandonnent l’école, et dans certains cas, ces consommateurs deviennent eux-mêmes une source d’insécurité. »
Face à cette situation alarmante, plusieurs voix s’élèvent pour appeler les organisations humanitaires à renforcer les initiatives d’encadrement des jeunes en cette période de crise.
Les autorités politiques et administratives sont également interpellées pour mettre en place une réglementation stricte sur la vente et la consommation de ces boissons artisanales afin d’endiguer ce phénomène grandissant.
Cet article a été produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », une initiative du consortium RATECO, REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de La Benévolencja.
