Sud-Kivu : « L’accès des femmes à la terre est une question de paix », affirme Jolie Kamuntu
ENTRETIEN EXCLUSIF | BKINFOS.NET
Les 29 et 30 Mars 2026 l’association Karibu Jeunesse Nouvelle (KJN) a présenté aux religieux, chefs coutumiers ,autorites locales,acteurs de la société civile ainsi que les médias les résultats de l’étude sur les violations des droits de la femme et de la jeune fille a l’héritage et à l’accès à la terre. Cette occasion a motivé Bkinfos.net à s’entretenir exclusivement avec madame Jolie KAMUNTU coordonnatrice de KJN asbl.
BKINFOS.NET : Vous avez mené des dialogues communautaires sur les discours de haine. Qu’est-ce qui en est ressorti ?
Jolie Kamuntu :
Lors de nos causeries communautaires, nous avons analysé les causes profondes des conflits dans nos communautés. Ce qui ressort clairement, c’est que l’une des causes les plus citées reste l’accès des femmes à la terre et à l’héritage.
Derrière les discours de haine et les tensions sociales, il y a souvent des frustrations liées à l’injustice foncière. Et dans ce système, les femmes sont les premières victimes.
BKINFOS.NET : Pourquoi cette question est-elle devenue centrale dans votre action ?
Jolie Kamuntu :
Parce qu’il y a une contradiction flagrante. D’un côté, on parle de participation des femmes à la vie politique et économique. De l’autre, dans la réalité, certaines n’ont même pas accès à la terre ou à l’héritage.
Dans plusieurs cas, lorsqu’un mari décède, la femme est tout simplement exclue. Les biens sont récupérés par la belle-famille, et elle se retrouve sans rien. Cela la plonge directement dans la pauvreté.
C’est ce constat qui nous a poussés à structurer un projet pour sensibiliser et conscientiser la communauté : la femme a aussi droit à la terre et à l’héritage.
BKINFOS.NET : Concrètement, que prévoit votre projet ?
Jolie Kamuntu :
Nous avons d’abord mené une étude pour comprendre la situation réelle, aussi bien en milieu urbain qu’en territoire comme Kabare, Kalehe ou encore Walungu.
Ensuite, nous avons mis en place plusieurs mécanismes :
une clinique juridique pour accompagner les femmes victimes de spoliation ;
un système de suivi des cas traités auprès des autorités ;
et bientôt un numéro vert pour signaler les violations.
Notre objectif est simple : transformer les droits théoriques en réalités concrètes.
BKINFOS.NET : Vous pointez aussi du doigt les coutumes…
Jolie Kamuntu :
Oui, clairement. Le problème n’est pas seulement juridique, il est culturel. Certaines pratiques coutumières continuent de considérer que la terre appartient uniquement aux hommes.
Nous ne sommes pas contre la coutume. Mais lorsqu’elle devient un outil d’exclusion, elle doit évoluer. Aujourd’hui, la loi est claire, notamment le Code de la famille de la RDC, qui protège les droits des femmes.
Le vrai combat, c’est celui des mentalités.
BKINFOS.NET : Comment comptez-vous provoquer ce changement ?
Jolie Kamuntu :
Nous allons travailler avec des relais communautaires formés et informés, capables d’influencer les comportements au niveau local.
Mais surtout, nous allons utiliser des outils puissants comme la musique et la communication de proximité. Les gens comprennent plus vite et mieux à travers ces canaux.
L’idée, c’est d’ancrer progressivement une nouvelle vision : celle d’une femme qui a pleinement sa place, y compris dans la gestion de la terre.
BKINFOS.NET : Vous liez aussi cette question à la paix et à la sécurité. Pourquoi ?
Jolie Kamuntu :
Parce que dans un contexte de conflit, la question foncière devient explosive. Quand il n’y a pas de justice, les plus forts s’imposent.
Aujourd’hui, certaines femmes se font arracher leurs terres sans recours. Cela crée des frustrations, des tensions, parfois même des conflits ouverts.
Garantir l’accès des femmes à la terre, c’est réduire les inégalités, prévenir les conflits et renforcer la stabilité des communautés.
BKINFOS.NET : Quel message adressez-vous aux autorités et aux médias ?
Jolie Kamuntu :
Nous appelons à une mobilisation collective. Les autorités doivent faire appliquer la loi. Et les médias, comme BKINFOS.NET, ont un rôle clé : informer, sensibiliser et changer les comportements.
Parce qu’au final, il ne s’agit pas seulement de droits des femmes. Il s’agit de justice, de dignité… et de paix durable au Sud-Kivu.
Jolie KAMUNTU est coordonnatrice de KARIBU JEUNESSE NOUVELLE une organisation de la société civile du Sud-kivu oeuvrant pour le droits de la femme et de la jeunne fille.
