Sud-Kivu : Validation de la stratégie provinciale d’agroécologie pour concilier protection des forêts et sécurité alimentaire
« On protège les forêts, mais les gens ont besoin de manger. » C’est sur ce constat lucide que Ladislas Witanene charge de programmes au Congo bassin conservation society CBCS, a lancé la finalisation et la validation de la stratégie provinciale d’agroécologie ce vendredi le 31 octobre 2025. Cette initiative vise à promouvoir les pratiques agricoles locales et durables tout en assurant la sécurité alimentaire et la résilience climatique des communautés rurales.
Cette stratégie marque un tournant stratégique pour la province. Il cherche à restaurer les sols, protéger les forêts et renforcer la production alimentaire sans compromettre les écosystèmes.
« Nous sommes au début d’un processus qui demande la contribution de tous : institutions, scientifiques, communautés locales, peuples autochtones et secteur privé », a déclaré Ladislas Witanene. Pour lui, l’agroécologie n’est pas un concept à la mode, mais une politique de survie et un levier pour mobiliser les financements climatiques au service du développement local.
La stratégie provinciale d’agroécologie repose sur plusieurs axes clés. Il met un accent particulier sur la gestion durable des ressources naturelles, la restauration des sols, la protection des forêts et la valorisation des savoirs locaux.
Il intègre également un volet de gouvernance pour renforcer la coordination institutionnelle et promouvoir un cadre juridique favorable à l’investissement vert.
L’inclusion sociale y occupe une place centrale, avec la participation active des femmes et des jeunes dans les filières agroécologiques et des programmes de formation et d’autonomisation communautaire.
La recherche et l’innovation scientifique sont encouragées à travers des partenariats avec les universités et les centres de recherche, tandis que la lutte contre le changement climatique constitue une priorité transversale.
Le professeur Yves Ndjadi a insisté sur la nécessité de préserver les repères ancestraux pour rendre l’agriculture durable. Selon lui, « nous devons éviter que nos cultures ne disparaissent. La durabilité, c’est aussi la mémoire. Il faut valoriser ce que le peuple autochtone sait déjà pour une consommation durable. Nous devons capitaliser les savoirs locaux, les modèles ancestraux de conservation et les pratiques de sélection des semences. » Cette approche renforce l’idée que l’agroécologie ne se limite pas à la science moderne, mais s’appuie également sur des mécanismes culturels de gestion de la nature transmis de génération en génération.
De son côté, Monsieur Dieudonné Byaombe, coordonateur provincial de SENASEM, a misé sur l’importance d’utiliser des semences de qualité. « Il faut utiliser une semence de qualité pour avoir une agriculture multiplicatrice, capable de produire du nouveau au lieu de reconduire une ancienne semence », a-t-il expliqué. Il estime que le SENASEM, le Service national des semences, a un rôle essentiel à jouer pour rapprocher la science des pratiques traditionnelles. Selon lui, il est nécessaire que les peuples autochtones apprennent la multiplication et la conservation des semences afin de renforcer leur autonomie et leur capacité de production.
La stratégie provinciale d’agroécologie du Sud-Kivu appelle à une mobilisation collective. Institutions publiques, chercheurs,journalistes et organisations communautaires et partenaires techniques doivent unir leurs efforts pour transformer durablement les pratiques agricoles. « C’est un chantier provincial où chacun doit apporter sa pierre. L’agroécologie, c’est l’affaire de tous », a conclu Ladislas Witanene.
