Bukavu : Décès de Bakonga Lushombo Antoine, le « doyen » et pisteur légendaire du Parc National de Kahuzi-Biega
La tristesse est grande au sein de la communauté des écogardes et guides du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB) ce 25 septembre 2025. Bakonga Lushombo Antoine, guide et pisteur chevronné, est décédé à l’hôpital de Ciriri/RAU, dans la ville de Bukavu. Âgé de plus de soixante-dix ans, il laisse derrière lui l’image d’un homme passionné et entièrement dévoué à la conservation de la nature.
Surnommé affectueusement « la boussole naturelle », Bakonga Lushombo était reconnu pour sa connaissance exceptionnelle du parc. Chaque sentier, chaque colline, chaque cri de gorille ou d’animal sauvage lui était familier. Ses collègues l’appelaient également « le doyen », en raison de son expérience et de son rôle de formateur auprès des plus jeunes pisteurs.
> « Quand vous marchiez avec lui dans la forêt, vous n’aviez jamais peur de vous perdre. Il connaissait chaque chemin, chaque signe laissé par les animaux. Il savait où et comment retrouver les gorilles. C’était un maître », témoigne un de ses collègues du PNKB.
Cette mémoire vivante de la forêt savait lire les moindres signes laissés par la faune. Un souvenir marquant reste gravé dans la mémoire de Madame Espérance MURANDIKIRE, de l’organisation paysanne Écolo Femmes de Kavumu :
> « Il nous a un jour guidés dans le parc. On a rencontré le caca d’éléphants et, après observation, il nous a dit qu’il fallait prendre la voie contraire. Avec les traces de pas et le mouvement des herbes, il savait indiquer la direction prise par les animaux et le temps écoulé depuis leur passage. C’était un écogarde charismatique et impressionnant », se souvient-elle.
Au fil des décennies, Bakonga Lushombo a guidé des centaines de visiteurs, chercheurs et touristes venus du monde entier pour observer les gorilles de Grauer, espèce endémique et emblématique du Sud-Kivu. Son expertise a contribué à renforcer la réputation du parc comme destination phare de l’écotourisme en République Démocratique du Congo.
Sa disparition est perçue comme une grande perte non seulement pour le PNKB, classé patrimoine mondial de l’UNESCO, mais aussi pour la mémoire collective des communautés riveraines et du secteur du tourisme écologique.
« C’était un véritable monument vivant. Avec lui disparaît une bibliothèque de savoirs traditionnels et pratiques de la conservation », souligne un responsable du parc.
Alors que ses collègues, amis et proches s’organisent pour lui rendre hommage, son nom restera à jamais lié au patrimoine du Parc National de Kahuzi-Biega et à la protection des gorilles qu’il a côtoyés durant toute sa vie.
