Justice transitionnelle : Comprendre la mémorialisation et ses implications (chronique de Gentil KASONGO)
Par Gentil KASONGO, consultant en droits de l’homme et justice transitionnelle
www.gentilkasongo.com
La mémorialisation, bien qu’essentielle pour honorer les victimes et conserver la mémoire collective, comporte également des risques. Comme le souligne l’Ensemble de principes des Nations Unies pour la protection et la promotion des droits de l’homme par la lutte contre l’impunité, actualisé par Diane Orentlicher en 2005,
« la connaissance par un peuple de l’histoire de son oppression appartient à son patrimoine et, comme telle, doit être préservée par des mesures appropriées ».
La mémorialisation vise à conserver les archives, à faire connaître les violations des droits humains et à prévenir l’oubli, tout en luttant contre les thèses révisionnistes et négationnistes.
Elle prend des formes multiples, allant des monuments et musées aux cérémonies et créations artistiques. Elle donne une matérialité au souvenir et permet, selon moi, de
« confronter différentes versions du passé, de reconnaître des blessures, d’assumer des responsabilités et de transmettre ces enseignements aux générations futures ».
La mémorialisation ne se limite pas à la commémoration : elle constitue un véritable travail de mémoire critique, nécessaire pour éclairer le présent et construire un avenir plus conscient.
Elle présente de nombreux avantages. Elle reconnaît les victimes et leur rend hommage, prévient la répétition des violences en gardant vivants les événements dans la mémoire collective et favorise la cohésion sociale en rassemblant les communautés autour d’une histoire partagée.
Cependant, comme le rappelle Fabián Salvioli dans son rapport de juillet 2020,
« la mémorialisation peut être détournée à des fins vengeresses, tomber sous la tyrannie de la mémoire ou servir des objectifs belliqueux ».
La mémorialisation vengeresse consiste à maintenir vivante une blessure identitaire pour justifier une revanche. La tyrannie de la mémoire enferme des individus dans le rôle de victimes pour légitimer de nouvelles violences.
Le détournement belliqueux utilise la mémoire pour inciter à la haine ou mobiliser des populations dans un contexte de conflit.
Ainsi, tout en valorisant les apports de la mémorialisation, il est crucial de lutter contre toute forme d’instrumentalisation .
La mémoire doit rester un outil de justice et de paix, et non un levier de division. Comme je le souligne,
« préserver la mémoire, c’est construire un socle solide pour la réconciliation et la stabilité sociale ».
