Bukavu : Quand informer devient un risque des journalistes témoignent sur les menaces liées à leur métier
Pour raison de sécurité les noms de journalistes qui ont témoigné sont resté dans l’anonymat
Réunis ce jeudi 26 juin à Bukavu, une quinzaine de journalistes ont participé à une formation initiée par Journalistes pour la Promotion de la Démocratie et des Droits Humains (JPDDH). Objectif de renforcer leur rôle dans la cohabitation pacifique, la lutte contre les discours de haine et la désinformation, dans un contexte de conflit armé persistant à l’Est de la RDC.
Au-delà des exposés théoriques, la parole a été donnée aux journalistes eux-mêmes. Et leurs témoignages ont fait froid dans le dos.
Menaces, intimidations et insécurité : des réalités quotidiennes
« Des agents sont arrivés à notre bureau, cherchant à connaître la source d’une information qu’ils ont jugée incohérente avec les intérêts de la société. »
« J’ai été menacé de mort par une autorité communale, simplement parce qu’un habitant l’avait cité dans un appel dénonçant des abus de pouvoir. »
« J’ai été inquiétée à cause de simples images publiées sur mon statut WhatsApp, montrant un braquage à Bukavu. On m’a accusée d’incitation à la panique. »
« J’ai été pointé du doigt par un bandit armé présenté à la presse par la police. À ma grande surprise, il a été relâché quelques heures plus tard. Depuis, je vis avec la peur au ventre. »
Ces témoignages, livrés par certains des 15 journalistes présents, illustrent les risques croissants liés à l’exercice du journalisme dans les zones de tension.
Pour Gabriela, chargée de projet à JPDDH, ces expériences prouvent l’urgence de telles formations :
« Il faut outiller les journalistes pour qu’ils deviennent des bâtisseurs de paix, tout en assurant leur propre sécurité. »
De son côté, Égide Kitumaini, facilitateur de la session, a insisté sur la prudence et la responsabilité du journaliste :
« Ça ne sert à rien de couvrir une information et mourir après. Il faut connaître ses limites, éviter les pièges de la désinformation et des discours de haine, et rester professionnel même sous pression. »
Les échanges ont également porté sur le rôle stratégique des médias dans la promotion du vivre-ensemble. Un participant a rappelé :
« Un mot mal placé dans un reportage peut enflammer un territoire. Mais une information vérifiée et bien formulée peut apaiser les tensions. »
Présente à la formation, Angel Kalulu, de Jambo FM, a conclu avec un message fort ,
« Les médias peuvent guérir ou blesser. À nous de choisir. Ce type de formation est essentiel pour renforcer notre mission sociale dans un environnement aussi fragile.
Cette formation aura permis aux journalistes présents de partager leurs réalités, mais aussi de réaffirmer leur engagement à informer autrement, dans une logique de construction de paix, malgré les menaces.
À Bukavu, les autorités de AFC M23 ont à travers plusieurs réunions promis de défendre les droits de journaliste dans les zones occupées par leur administration.
