Justice Transitionnelle au Sud-Kivu : Le cri de douleur de Takwinja M’wa BISIMMWA survivante de massacres de KANIOLA
Redaction
À Kaniola, dans le territoire de Walungu, la vie de Madame Takwinja M’wa Bisimiwa Musanganya a basculé en 2006. « Un jour, six rebelles nous ont réveillés. Ils m’ont violée au salon devant mes enfants avant de m’amener dans la forêt, m’interdisant de crier. Ils ont tué mon mari, mon père et mon fils », raconte-t-elle avec émotion lors de la chronique sur la justice transitionnelle réalisée par les journalistes membres de la synergie de journalistes du Sud-Kivu sur la Justice transitionnelle sur financement de Ong Impunity Watch sur fond de l’ambassade de Pays-Bas en RDC le 22 décembre 2024
Enlevée pendant trois mois par des présumés FDLR chez lui CHIBINDAà kaniola, elle a réussi à s’échapper après un achat de nourriture au marché. « Avec deux amies, nous avons fui jusqu’à la rivière de Ninja pour regagner notre maison à Walungu. Nous sommes revenues malades », se souvient-elle.
Madame Takwinja vit désormais à Bukavu avec ses enfants. « Mon mari m’a laissé cinq enfants, et mon bon fils a laissé cinq autres enfants. Nous vivons par la grâce de Dieu », témoigne-t-elle.
Comme de nombreuses victimes, elle participe à des ateliers d’échange organisés par Impunity watch et SOS Justice, où elles se rencontrent pour partager leurs histoires et apprendre à revendiquer leurs droits. « Ces formations nous aident à comprendre notre situation et le rôle du Fonds National de Réparation des Victimes (FONAREV) », explique-t-elle.
Cependant, Madame Takwinja et d’autres victimes se sentent abandonnées. « Nos enfants ne veulent plus revenir dans nos villages. Ma fille m’a juré de ne jamais retourner là où j’ai été violée, à cause de la haine qui y règne », déclare-t-elle. De nombreuses familles sont éparpillées à Bukavu, vivant dans des conditions difficiles. « Nous demandons une aide financière pour stabiliser notre situation. Les bourreaux semblent être des personnes envoyées par quelqu’un, souvent droguées », ajoute-t-elle.
Les victimes appellent également à l’activation du FONAREV et à des mesures de sécurité pour leurs villages abandonnés. « Nous avons besoin que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice. Il est urgent de sécuriser nos villages afin que certaines familles puissent y retourner et que les victimes aient accès à des logements décents à Bukavu », conclut-elle.
Claude Dunia de son coté , père de huit enfants et habitant de Muhungu, se remémore un événement tragique survenu en 1996 « J’étais chez moi avec un membre de la famille de ma femme venue de la province de Maniema avec sa femme et ses deux enfants pour ses études à l’ISP Bukavu. Alors qu’ils allaient au marché, des militaires ont ouvert le feu sur eux. Nous avons vu la scène à travers les fenêtres de la maison, cachés de peur d’être fusillés aussi. Ce jour-là, une dizaine de personnes ont été enterrées dans une fosse commune derrière l’EDAP de l’ISP sous nos yeux », raconte-t-il, la voix chargée d’émotion.
Claude se souvient de la pression exercée par sa belle-famille pour qu’il intervienne. « Je leur ai dit que nous n’avions pas le choix. Nous avons reconnu nos proches à travers leurs vêtements. Aujourd’hui, cette scène macabre me hante quotidiennement. Je vis avec une tension constante, et je trouve un certain réconfort dans la prière et la lecture de versets bibliques », confie-t-il. Il explique également qu’il a alerté sa famille sur l’évolution du dossier, mais qu’il subit des pressions à ce sujet. « Je me force à ne pas paniquer et à garder espoir en la justice », ajoute-t-il.
Ces témoignages illustrent la nécessité d’une action urgente pour répondre aux besoins des victimes et garantir leur sécurité, tout en ouvrant la voie à une véritable justice transitionnelle au Sud-Kivu.
