Kabare : à Mumosho, des habitants dénoncent une tentative de spoliation de plus de 200 hectares de terres
Dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu, la tension monte dans le village de Mumosho où des habitants accusent un opérateur économique local de tenter de s’approprier de vastes étendues de terres communautaires, dans un contexte déjà fragilisé par l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des civils accompagnés d’éléments armés ont récemment fait irruption dans la localité de Cinkunga pour procéder à des opérations de mesurage et de bornage. L’objectif serait de redéfinir les limites d’une concession au profit de Monsieur Bakulikira Nguma Dieudonné, connu sous le nom de « Janda », mais en empiétant sur des terres appartenant à des familles locales.
Les habitants affirment que ces opérations ont débuté sur les parcelles de la famille Kasereka avant de provoquer une forte mobilisation communautaire, obligeant les équipes sur terrain à interrompre leur progression.
D’après les sources locales, le projet viserait à annexer plus de 200 hectares de terres villageoises, en plus d’une concession forestière déjà attribuée à l’intéressé, ce qui porterait l’ensemble à plus de 400 hectares. Une ambition que la population considère comme une menace directe à son patrimoine foncier et à la stabilité sociale du milieu.
L’affaire ne serait pas nouvelle. Selon Maître Pascal Mupenda, avocat des communautés concernées, plusieurs décisions judiciaires et administratives auraient déjà été rendues dans ce dossier en défaveur de Monsieur Janda. Il estime que les voies de recours ont été épuisées et que les tentatives actuelles relèvent d’un passage en force. Il rappelle également que les autorités tant provinciales que nationales s’étaient déjà prononcées sur le respect des limites foncières existantes.
Sur le terrain, les habitants dénoncent également la présence de militaires armés accompagnant les géomètres, une situation qui accentue leur inquiétude et ravive le spectre d’éventuels affrontements. Ils soupçonnent une volonté de profiter du contexte sécuritaire instable dans la région pour imposer une nouvelle délimitation contestée.
Un autre élément alimente la controverse, la provenance de certains documents utilisés dans le processus de bornage, qui seraient signés à Kigali au Rwanda. Pour les communautés locales, cette référence extérieure soulève des interrogations sur la légitimité juridique de la procédure en République démocratique du Congo.
Face à cette situation, les chefs locaux et les habitants de Mumosho appellent les autorités provinciales du Sud-Kivu à intervenir rapidement afin de prévenir toute escalade et de garantir la sécurité foncière des populations. Sur place, la population affirme rester mobilisée et déterminée à défendre ses terres, qu’elle considère comme un héritage ancestral non négociable.

