Sud-Kivu : voyager entre Bukavu et Kamituga, un parcours sous pression entre tracasseries et insécurité
Le trajet entre Bukavu et Kamituga, en passant par Kasika, est devenu un véritable parcours du combattant pour les usagers. Entre multiplication des barrières, coûts de transport exorbitants et insécurité persistante, se déplacer sur cet axe relève désormais d’un défi quotidien.
Au cours d’un récent déplacement, un acteur de la société civile a comptabilisée pas moins de 13 barrières officielles et informelles entre Bukavu et Mwenga centre.
Elles sont tenues par différents groupes armés, notamment des éléments des FARDC, des Wazalendo et des militaires burundais. À chaque point de contrôle, un montant de 10 000 francs congolais par personne est exigé, y compris pour les motards.
À ces postes s’ajoutent plus de 20 barrières supplémentaires érigées par des jeunes volontaires au niveau des déviations. Ici, les montants varient entre 500 et 1 000 francs congolais, alourdissant davantage le coût global du voyage.
La situation est aggravée par l’état de la route. Au niveau de Kibumba, la circulation est interrompue, obligeant les voyageurs à parcourir une partie du trajet à pied jusqu’à Mwenga centre, exposant davantage les passagers aux risques sécuritaires.
Sur le plan économique, le transport est devenu prohibitif. Il faut débourser environ 150 000 francs congolais pour relier Bukavu à Kibumba. De Mwenga à Kamituga, les prix oscillent entre 150 000 et 170 000 francs congolais par personne. Une pression financière considérable pour des populations déjà fragilisées.
À Kamituga, le coût de la vie reflète également cette crise. Une bouteille d’eau de 1,5 litre se négocie à 10 000 francs congolais, tandis qu’un demi-litre atteint 6 000 francs, signe d’une inflation locale accentuée par les difficultés d’approvisionnement.
Par ailleurs, les voyageurs doivent redoubler de prudence avec leurs téléphones portables. Plusieurs témoignages font état de pratiques d’extorsion, où certains individus exigent de déverrouiller les appareils sous menace, accompagnées de phrases intimidantes visant à obtenir un accès aux comptes mobiles, notamment Airtel Money.
Si certains usagers reconnaissent que les FARDC respectent généralement les documents de voyage, ils dénoncent en revanche des comportements plus arbitraires de la part de certains groupes armés locaux, notamment les Wazalendo, qui remettent en question l’utilité même des feuilles de route.
Face à cette accumulation de contraintes, les habitants et voyageurs appellent à une intervention urgente des autorités pour sécuriser cet axe stratégique, vital pour les échanges économiques dans le territoire de Mwenga. Sans mesures concrètes, cette route risque de devenir un facteur supplémentaire d’isolement et de fragilisation pour les populations locales.
