Pression foncière sur le lac Kivu : à Bukavu, les riverains face à leurs responsabilités écologiques
Séries de reportage sur la restauration lacustre du lac-kivu
La question n’est plus technique. Elle est désormais politique, économique… et morale. Sur les rives du lac Kivu, à Bukavu, la survie des poissons dépend directement des choix des propriétaires fonciers installés le long du littoral.
Restaurer sans exproprier : un compromis possible
Les experts communautaires et pêcheurs proposent une solution pragmatique : intégrer la restauration écologique dans les parcelles privées, sans remettre en cause les clôtures existantes. L’idée est simple : consacrer une bande de 3 mètres le long du lac à la plantation de haies naturelles aquatiques.
Ces haies jouent un rôle stratégique : zones de reproduction (maternité des poissons), espaces de repos,
sources de nourriture pour les espèces.
Un modèle qui ne demande ni déplacement, ni destruction d’infrastructures, mais un minimum de discipline environnementale.
La règle ignorée des 10 mètres
Sur le terrain, la réalité est plus brutale. La réglementation impose pourtant une servitude de 10 mètres à partir de la rive, censée protéger l’écosystème lacustre. Mais celle-ci est largement violée.
Un cas emblématique circule dans les témoignages locaux : un propriétaire aurait déboursé plus de 8 000 dollars après avoir détruit des haies naturelles et empiété sur cette zone protégée. Une sanction qui, visiblement, n’a pas suffi à dissuader d’autres infractions.
A muhumba, dernier bastion fragile
À Amuhumba, certaines portions de haies subsistent encore. Mais la pression foncière s’intensifie. Le morcellement des parcelles s’accompagne d’un phénomène destructeur : le déversement de terre dans le lac pour gagner de l’espace constructible.
Résultat immédiat :destruction des habitats aquatiques,fuite des poissons, déséquilibre de la chaîne alimentaire.
Ce processus, répété à grande échelle, transforme progressivement le littoral en zone stérile.
Urbanisation vs biodiversité : un arbitrage perdu d’avance ?
Partout où l’eau a été repoussée pour construire, les pêcheurs constatent le même phénomène : une chute drastique de la production halieutique. Le lien est direct, sans ambiguïté.
« Là où on construit dans le lac, il n’y a plus de poissons », résume un pêcheur de Bukavu.
Cette réalité met en lumière une contradiction majeure : en cherchant à valoriser économiquement les parcelles riveraines, certains propriétaires détruisent une ressource collective essentielle.
Vers un pacte écologique local ?
La restauration du littoral du lac Kivu ne pourra réussir sans une alliance claire entre autorités, riverains et pêcheurs. La solution existe déjà. Elle ne demande ni innovation technologique majeure, ni financement colossal. Elle exige surtout un changement de comportement.
En clair : accepter que préserver 3 mètres de végétation aujourd’hui, c’est sécuriser des tonnes de poissons demain.
Le lac Kivu n’a pas besoin d’être sauvé. Il a besoin qu’on arrête de le détruire.
