RDC : le docteur Joseph Kakisingi alerte à Paris sur “une bombe sanitaire et humanitaire” dans les Kivu
Le docteur de Joseph KAKISINGI à droit, Maître Néné BINTU au milieu et président Français Emmanuel Macron à gauche après conférence ©photo tiers.
Lors de la Conférence internationale sur la chaîne d’approvisionnement des minerais verts et les conflits dans la région des Grands Lacs, le Dr Joseph Kakisingi, coordonnateur du Consortium des ONG humanitaires nationales de la RDC, a lancé le 30 octobre 2025 à Paris un appel pressant à la communauté internationale face à l’effondrement humanitaire dans l’Est du pays.
« Aujourd’hui, le Nord et le Sud-Kivu sont pratiquement isolés du monde », a-t-il déclaré devant un parterre d’invités de haut niveau : le président français Emmanuel Macron, son homologue congolais Félix Tshisekedi, le président gabonais Faure Gnassingbé facilitateur de l’Union africaine dans la crise entre la RDC et le Rwanda ainsi que plusieurs diplomates, partenaires internationaux et représentants de la société civile.
Selon lui, la fermeture des espaces aériens de Goma et Bukavu, combinée à la dégradation avancée des routes et à la multiplication des lignes de front, a provoqué une paralysie quasi totale de la chaîne humanitaire et logistique.
« Plus de 5,7 millions de déplacés internes vivent aujourd’hui sans abris, sans vivres ni soins, dans une détresse absolue », a-t-il averti.
“Nous faisons face à une bombe sanitaire”
Médecin gynécologue basé à Bukavu, le Dr Kakisingi a décrit une crise sanitaire d’une ampleur inédite.
« Les femmes meurent d’hémorragie, les enfants succombent à des maladies pourtant curables, faute de médicaments. Le système de santé s’effondre. Les stocks d’antipaludéens, d’antituberculeux et d’antirétroviraux sont épuisés », a-t-il dénoncé.
Il a évoqué “une bombe sanitaire et épidémiologique à retardement”, alimentée par la montée des résistances aux antibiotiques et la résurgence d’épidémies dans un contexte d’isolement extrême et de rupture d’approvisionnement.
Des ONG locales en première ligne, mais étouffées
Le docteur Kakisingi a par ailleurs dénoncé les obstacles administratifs et sécuritaires auxquels sont confrontées les ONG locales, pourtant les seules présentes dans certaines zones enclavées.
« Les acteurs locaux subissent des intimidations, des tracasseries administratives, des doubles taxations imposées par les parties au conflit », a-t-il précisé.
De leur côté, les ONG internationales voient leur action entravée par les restrictions de visa et les obstacles sécuritaires, aggravant la marginalisation des communautés les plus vulnérables.
« L’espace humanitaire se dégrade chaque jour. Il est impératif de le remettre au centre : neutre, impartial et indépendant », a insisté le coordonnateur.
Appel à l’action internationale
Le Dr Kakisingi a plaidé pour un soutien financier direct, flexible et durable aux acteurs humanitaires locaux, et pour l’exploration de solutions logistiques alternatives, telles que l’utilisation d’aéroports secondaires, de petits hélicoptères ou de cargos humanitaires, afin de ravitailler les zones reculées.
Sa prise de parole a résonné comme un cri d’alarme au cœur d’un forum souvent centré sur les enjeux économiques.
« La transition écologique mondiale ne peut se faire au prix de la tragédie humanitaire congolaise », a-t-il conclu, rappelant que les minerais verts du Congo ne doivent pas briller sur les cendres humaines des Kivu.
