Sud-kivu : L’armée Burundaise joue également le rôle de médiateur entre communautés en conflits
Avec Nuru-grand-lacs
Depuis août 2022, les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB) sont déployées dans la plaine de la Ruzizi pour traquer les rebelles burundais opérant dans l’est de la RDC. Contrairement aux incursions sporadiques et souvent non autorisées observées auparavant, leur présence actuelle s’inscrit dans un cadre de coopération militaire conclu avec Kinshasa, bien que jamais présenté aux parlements des deux pays.
Le contexte sécuritaire régional a largement façonné cette présence. Alors que la résurgence du M23, dès fin 2021, redéfinissait les rapports de force au Nord-Kivu, la collaboration FARDC–FDNB a poussé plusieurs groupes armés locaux à fournir renseignements et appuis logistiques contre les factions FNL restées actives. Après le retrait de la force régionale de l’EAC/RF, la FDNB a maintenu des positions à la fois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, consolidant un dispositif allant de Sake à la plaine de la Ruzizi en passant par Kalehe.
Depuis la prise successive de Goma puis de Bukavu par l’AFC/M23, les positions burundaises se sont progressivement rabattues vers le sud, établissant des verrous à Luvungi, Bijombo et sur les hauts plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga. Face à la montée en puissance du MRDP/Twirwaneho, devenu mouvement politico-militaire, la FDNB considère ce groupe comme une menace équivalente au M23 soutenu par Kigali. D’où le recours à un blocus stratégique, largement dénoncé par les communautés banyamulenge.
Les perceptions locales divergent fortement. Pour les partisans du M23 et les relais de la diaspora tutsie hostile au pouvoir burundais, la FDNB incarne une force génocidaire, coupable de couper les axes d’approvisionnement et de cibler des civils. À l’inverse, pour les populations Bembe, Fuliru et Nyindu — chassées de leurs villages par les avancées rebelles — l’armée burundaise constitue un rempart contre l’expansion de l’AFC/M23.
Au-delà des opérations offensives, la FDNB a lancé plusieurs initiatives de rapprochement entre communautés en conflit, notamment à Bijombo, Kigoma et Minembwe. Elle intervient aussi contre les réseaux de voleurs de bétail, quels qu’en soient les auteurs, et facilite des rencontres entre chefs coutumiers et responsables de groupes armés.
Si la FDNB bénéficie du soutien d’une partie des Congolais, d’autres critiquent un engagement coûteux, opaque et politiquement risqué. Entre logique sécuritaire régionale, alliances fluctuantes et recompositions locales, son rôle au Sud-Kivu reste déterminant, mais son avenir dépendra de l’évolution rapide des dynamiques militaires et politiques à l’est de la RDC.
