Sud-Kivu : le malaise grandissant entre la société civile et le FONAREV
La fracture est désormais publique. Dans une déclaration commune rendue publique ce 6 janvier, plusieurs organisations de la société civile (OSC) du Sud-Kivu tirent la sonnette d’alarme face à une collaboration qu’elles jugent opaque, déséquilibrée et déconnectée des réalités du terrain avec le Fonds National pour la Réparation des Victimes (FONAREV).
Créé fin 2022 pour répondre à l’une des blessures les plus profondes de l’Est de la République démocratique du Congo les violences sexuelles liées aux conflits armés le FONAREV portait un immense espoir. Trois ans plus tard, cet espoir se heurte à une crise de confiance entre l’institution étatique et ses partenaires naturels sur le terrain.
Des partenaires relégués au rôle de figurants. Premier point de discorde : la méthode de travail.
Les OSC affirment être régulièrement invitées à des activités officielles, aussi bien à Kinshasa qu’en province. Mais derrière cette façade inclusive, elles dénoncent une exclusion systématique de la phase de planification, pourtant cruciale.
« Le FONAREV commence à jouer, en province comme dans les territoires, le rôle qui est normalement réservé aux organisations d’accompagnement », dénoncent les signataires.
Pour les acteurs locaux, cette posture brouille les lignes, fragilise le principe de subsidiarité et transforme le partenariat en relation verticale, où les OSC sont consultées sans être réellement associées aux décisions.
Le casse-tête des données : duplication ou déni ?
Le nœud le plus sensible reste toutefois la gestion des données.
En 2023, le FONAREV avait conduit une vaste opération d’identification : géolocalisation des bureaux des OSC, collecte de documents administratifs sensibles, recensement des bases de données de victimes.
Un travail lourd, coûteux et présenté à l’époque comme structurant.
Or, à la surprise générale, le Fonds a lancé en décembre 2025 un nouveau processus de présélection, ignorant de facto les données collectées deux ans plus tôt. Pour les OSC du Sud-Kivu, cette décision est non seulement incompréhensible, mais aussi révélatrice d’une bureaucratisation excessive, aux conséquences directes sur les victimes.
« Pourquoi recommencer ce qui existe déjà, au risque de ralentir encore la réparation ? », s’interrogent-elles.
Une image institutionnelle en péril
Au-delà des procédures, c’est l’image même du FONAREV qui semble aujourd’hui fragilisée.
Les organisations alertent sur la multiplication des plaintes liées au traitement des dossiers, alimentant frustration, incompréhension et parfois méfiance parmi des victimes déjà éprouvées par des années d’attente.
Dans un contexte où la réparation n’est pas seulement financière mais aussi symbolique, toute perception de désordre ou d’opacité devient un facteur de revictimisation institutionnelle.
Des exigences claires, un avertissement sans détour
Face à cette situation, la société civile du Sud-Kivu formule des revendications précises : la formalisation immédiate d’un partenariat clair et respectueux avec les OSC d’aide aux victimes ;
la prise en compte effective des données collectées en 2023 afin d’éviter les doublons et pertes de temps ;
une amélioration urgente de l’image et du fonctionnement du FONAREV, notamment dans la gestion des dossiers des victimes.
Signée à Bukavu le 6 janvier 2026, cette déclaration marque un tournant.
Elle rappelle une évidence souvent oubliée ,sans les organisations de terrain, aucune politique de réparation ne peut être crédible, durable ni juste.
Le message est clair. Le temps des ajustements techniques est révolu. La réparation ne se décrète pas depuis les bureaux : elle se construit avec ceux qui accompagnent les victimes, chaque jour, sur le terrain.
