Suspension des constructions à Bukavu par le M23 : Certains habitants disent quecette mesure comme une intrusion dans la gestion de leurs biens privés
Un vent d’incertitude souffle sur le secteur immobilier dans la ville de Bukavu. Dans un communiqué officiel publié le 13 avril, l’administration provinciale sous contrôle de l’AFC M23 a annoncé la suspension immédiate de toutes les activités de construction d’immeubles, ainsi que la vente et le morcellement des parcelles dans la ville et dans plusieurs territoires dits libérés.
Selon les autorités, cette décision vise à remettre de l’ordre dans un secteur souvent marqué par des irrégularités. Il est question de vérifier la conformité des documents autorisant les constructions afin de garantir le respect des normes d’urbanisme et renforcer la sécurité foncière.
Le message est clair, la population et les opérateurs immobiliers sont appelés à se conformer strictement à cette mesure et à collaborer avec les services compétents.
Mais sur le terrain, la réaction est loin d’être unanime. À Bukavu, la décision suscite incompréhension, frustration et parfois même colère. Christine , habitante d’Ibanda, s’interroge ouvertement. « Donc la ville lui appartient (gouverneur BUSU BWA NGWI) ? Pour vendre chez soi, est-ce que cela le regarde à ce niveau ? » Une question directe qui traduit un sentiment partagé par plusieurs citoyens qui perçoivent cette mesure comme une intrusion dans la gestion de leurs biens privés.
De son côté, Jean Paul ,commissionnaire foncier , doute de l’effectivité de la décision.
« Vous croyez que cette mesure sera réellement appliquée ? ».
Derrière cette interrogation se cache une réalité bien connue des habitants, celle des décisions parfois difficiles à faire respecter dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et institutionnels.
Au-delà des réactions, cette suspension met en lumière un enjeu plus profond. La question du contrôle du foncier et de l’organisation de l’espace urbain reste sensible, surtout dans une province où les autorités en place font face à des contestations et à une gouvernance complexe.
Pour certains observateurs, la mesure peut être perçue comme une tentative de réorganisation nécessaire dans un secteur souvent anarchique. Pour d’autres, elle risque de freiner des activités économiques déjà fragiles, notamment pour les petits propriétaires et les investisseurs locaux.
En attendant, à Bukavu, les chantiers pourraient se figer, mais le débat, lui, reste bien vivant.
